TEST : River City: Tokyo Rumble

River City: Tokyo Rumble (Nintendo 3DS)RIVER CITY: TOKYO RUMBLE
Nintendo 3DS
Catégorie : beat ’em up/RPG
Joueurs : 1-4 (mini-jeux)
Développeur : Arc System Works
Éditeur : Natsume
Date de sortie : 08/08/2013 au Japon, 29/09/2016 en Europe
Prix : 29,99 €
Site Officiel : [River City: Tokyo Rumble]

La série des Kunio, créée par notre membre d’honneur Yoshihisa Kishimoto,  a débuté en 1986  avec Nekketsu Kōha Kunio-kun alias Renegade et a connu de très nombreux épisodes, alternant entre beat ’em ups, dont le plus populaire demeure River City Ransom/Street Gangs, et des spin-offs sportifs dont le plus connu est sans doute Nintendo World Cup, lui aussi sur NES. Comme beaucoup de licences nées à cette époque, elle a vécu des temps difficiles dès la seconde moitié des années 1990, mais Arc System Works l’a reprise en main et, après des tentatives peu convaincantes comme River City Soccer Hooligans (2010), la série a connu une renaissance sur 3DS pour ses vingt-cinq ans avec un remake du jeu original, Nekketsu Kōha Kunio-kun SP/Renegade Special (2011). Ont suivi Riki Densetsu (2012), Nekketsu Kōha Kunio-kun SP: Rantō Kyōsōkyoku (2013), Nekketsu Mahō Monogatari (2014), Downtown Nekketsu Jidaigeki (2015) et enfin Downtown Nekketsu Monogatari SP, un remake de River City Ransom pour les trente ans de la saga… Et l’Occident vient donc d’accueillir un portage de l’un d’eux, le troisième, rebaptisé River City: Tokyo Rumble. Ainsi, il semble que Natsume ait préféré faire l’impasse sur les deux premiers, plus basiques, et il n’ait pas certain qu’on ait droit aux deux volets à l’ambiance médiévale, plus exotiques et faisant référence à des titres qui n’ont en plus jamais quitté le Japon. Car ce Tokyo Rumble est lui très proche de River City Ransom !

Passé l’introduction tout en 2D, assez mal compressée et donc pas forcément encourageante, on arrive au menu principal qui propose, en plus du mode Story, une Gallery où l’on débloque les profils des personnages et les musiques du sound test, des options, mais aussi deux mini-jeux multijoueur, Rumble et Dodgeball. L’un et l’autre reviennent à du deathmatch à quatre pur et dur, si ce n’est que dans le second, on ne peut causer des dégâts à ses adversaires qu’en leur envoyant un ballon à la figure. C’est donc une version très simplifiée de certains spin-offs de la licence comme Super Dodge Ball, puisqu’il n’y a pas d’équipe et que les affrontements ne se déroulent pas sur un terrain de balle au prisonnier. À noter qu’il est possible de s’adonner à ces deux modes en download play avec un seul jeu pour quatre 3DS, mais si vous croisez un autre possesseur de River City: Tokyo Rumble, le local play est aussi possible. Je n’ai hélas pas eu l’occasion de vérifier si la première option, en dehors de l’attente pour copier le jeu, imposait des contraintes sur le choix des personnages et des arènes, sachant qu’on en débloque d’autres au fur et à mesure de son avancée dans le mode Story, aux côtés de nouveaux profils à la galerie.

La panoplie de mouvements offre des moments bien fendards...

La panoplie de mouvements offre des moments bien fendards…

Ce dernier, qui offre quatre niveaux de difficulté que l’on peut changer à tout moment, débute de manière très classique comme le Renegade original, alors que le pote de Kunio vient de se faire passer à tabac à la sortie du lycée Nekketsu. On en retrouve également le principe général, c’est-à-dire un beat ’em up en vue belt scroll, avec des changements d’écran par les côtés ou parfois le haut de l’écran, comme dans River City Ransom. Comme dans ce dernier et contrairement à la toute première aventure de Kunio, il y a un bouton de poing (A) et un de pied (B), plutôt qu’un bouton pour taper à gauche et l’autre à droite. La combinaison des deux touches permet de sauter, Y faisant office de raccourci. C’est simple, mais avec la possibilité de courir et d’effectuer diverses prises, l’arsenal s’avère bien plus riche qu’il n’y paraît. En particulier, on peut ramasser des armes très variées, mais aussi toutes sortes d’objets et même des ennemis ! On peut ensuite attaquer avec via le bouton de poing et les lancer via celui de pied, ce qui permet non seulement de balancer un loubard sur l’un de ses potes, mais aussi d’en prendre littéralement un pour taper sur l’autre – assurément l’un des plaisirs coupables les plus jouissifs qui soient…

La seule déception côté gameplay provient des attaques sautées de base assez difficiles à placer, mais on débloquera heureusement de nouveaux mouvements au cours de l’aventure en achetant ou en recevant des parchemins. La palette de coups est donc plutôt généreuse, même si River City: Tokyo Rumble fait partie de ces beat ’em up où l’on peut facilement se contenter des attaques de base, surtout boostées (Dragon Feet, Stone Hands, etc.). Ce sera donc avant tout au joueur de varier les plaisirs pour éviter la lassitude, même si certaines prises peuvent parfois sortir par hasard pour notre plus grand bonheur… Les habitués de River City Ransom auront donc compris qu’on a quasiment affaire à un remake du classique, c’est-à-dire à un beat ’em up teinté de RPG, mais avec un côté (un peu) plus ouvert comme son nom l’indique, puisqu’il se déroule dans plusieurs quartiers de Tōkyō. On retrouve donc les traditionnelles statistiques, les montées de niveaux, la collecte d’argent et les commerces. On peut s’y restaurer sur place ou acheter à emporter, acquérir de nouveaux équipements qui augmentent certaines statistiques, des parchemins d’attaques spéciales et même un sourire, gratuit comme dans la réalité !

Certaines boutiques vendent des équipements pour booster ses capacités

Certaines boutiques vendent des équipements pour booster ses capacités

À ce sujet, l’une des principales différences avec River City Ransom est que l’écran du bas affiche de manière précise l’effet de chaque objet, quand dans le jeu NES, chaque aliment boostait de quelques points plusieurs statistiques en plus de restaurer, sans qu’on ne sache à l’avance lesquelles… De plus, River City: Tokyo Rumble hérite d’un menu de pause assez conséquent. On y trouve de gauche à droite la carte, l’inventaire, le statut (qui inclut l’équipement et les attaques spéciales), les jobs, les options et l’onglet de sauvegarde. On échappe ainsi au laborieux système de mots de passe de Street Gangs, que certains passionnés continuent d’ailleurs encore de décrypter ! Mais tout cela fait mine de rien pas mal de choses à gérer pour un beat ’em up à l’ancienne, car chacun de vos éventuels coéquipiers devront être entraînés et équipés tout comme votre avatar, et il faut par exemple bien penser à « utiliser » les parchemins dans l’inventaire pour apprendre de nouvelles attaques spéciales. On a même la possibilité de désactiver celles que l’on souhaite dans le menu dédié, et de même pour vos alliés qui disposent d’ailleurs de leurs propres bottes secrètes qu’ils débloquent en montant de niveau.

Mais la principale différence entre ce Tokyo Rumble et les autres jeux de la série réside sans doute dans son (petit) côté GTA, puisque Tōkyō est composé de plusieurs quartiers que l’on rallie en métro. La carte sur l’écran du bas de la 3DS n’indique d’ailleurs que le quartier courant, et même si chacun d’entre eux dépasse rarement les cinq zones, ils peuvent paraître labyrinthiques au premier abord, et plusieurs d’entre eux abritent d’ailleurs des boutiques cachées où l’on trouve des objets bien utiles mais très coûteux. Les quartiers se débloquent les uns après les autres, au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire, chacun d’eux correspondant à une mission principale. Mais on peut également accepter jusqu’à trois jobs simultanément à la « boutique » dédiée d’Ikebukuro, qui vous feront bien entendu balader d’un quartier à l’autre. Ces missions ne sont pas très passionnantes (éliminer un certain nombre de loubards d’un gang donné, récupérer un objet, exécuter tant de fois un type d’attaque donné, etc.), mais cela permet néanmoins de se familiariser avec les subtilités du jeu et faire pas mal de levelling et de farming… Car on a bel et bien affaire à un RPG, avec ses avantages et ses inconvénients !

Le dodgeball, jeu bonus jouable à quatre, fait également l'objet d'un job

Le dodgeball, jeu bonus jouable à quatre, fait également l’objet d’un job

Ainsi, le jeu profite clairement de sa structure en quartiers pour proposer une difficulté par paliers. À chaque nouveau gang rencontré, les ennemis sont plus forts et plus résistants, et il faut bien surveiller sa jauge d’endurance. Une fois vide, on dispose toutefois d’un répit si l’on conserve un niveau suffisant de volonté (willpower), ce qui peut sauver littéralement la vie contre certains boss… Car en cas de game over, tout n’est pas terminé pour autant mais on perd la moitié de son argent. Bien sûr, chaque nouvelle zone ou presque amène son lot de pièces d’équipement plus performantes, mais les prix augmentent également et il est clair que le jeu nous incite à faire des sessions de levelling, histoire aussi de ne pas boucler trop vite une aventure très courte en ligne droite. C’est évidemment ici que les jobs interviennent, même s’il ne sera pas simple d’améliorer et d’équiper Kunio et tous ses amis sans tomber dans une certaine routine. La panoplie de mouvements à disposition permet encore une fois de varier les plaisirs… Sauf quand la mission consiste justement à répéter la même attaque cinquante fois ou plus ! Et puis vos partenaires, forcément moins efficaces, semblent du coup évoluer moins vite que vous…

Pour mémoire, le concept du second personnage contrôlé par l’IA remonte au portage Game Boy Advance de River City Ransom, qui compensait à l’époque la disparition du mode coopération de l’original NES. Ici, on débloque de nouveaux alliés au cours de l’aventure, et on peut donc en changer en discutant avec Misako devant le lycée Nekketsu. Et si on ne veut pas que l’un d’eux se retrouve à la traîne, il faudra donc penser à alterner entre ses différents partenaires. Heureusement, on peut changer leur équipement à tout moment, ce qui évite d’avoir à acheter des fringues pour tout ce petit monde… Et même bien habillé, il faudra surveiller votre allié car il ne se soigne pas tout seul. Mais seuls les objets nécessitent de choisir un destinataire, les repas « sur place » étant partagés entre Kunio et son pote. Et au pire, il existe des objets pour ressusciter ce dernier. En combat, il se révèle quand même utile et même parfois trop zélé, et comme les ennemis ont tendance à lui courir après, il n’est pas toujours facile de lui prêter main forte ! Le bouton X permet toutefois de l’appeler au secours ou au contraire de l’éloigner, mais l’effet n’est pas très convaincant… Et puis on aurait quand même aimé jouer avec un humain !

Les missions principales sont émaillées de cinématiques mettant en scène Kunio et ses amis

Les missions principales sont émaillées de cinématiques mettant en scène Kunio et ses amis Riki, Shinji et Musuzu…

Côté réalisation, les captures d’écran ne rendent pas justice au jeu ; les décors polygonaux sont fades mais les sprites 2D sont bien animés et le côté diorama de l’ensemble, visionné en 3D relief, possède un charme certain. Précisons en passant que les boutons de tranche L et R permettent respectivement de modifier l’angle de vue et de zoomer sur l’action. Sur le plan sonore, hormis quelques chouettes voix digitalisés en japonais, c’est franchement old school et les musiques rockabilly typiques de la série, à force de titiller la corde nostalgique, finissent par irriter… Mais le titre regorge de petits détails sympathiques que l’on découvre parfois un peu par hasard, comme quand j’ai frappé sans faire exprès un civil – le bouton de coup de poing sert aussi à parler ! – et qu’une bande de yakuzas quasiment invulnérables est venue me donner une bonne correction… De plus, comme souvent avec ce type de jeux d’import réservés à l’eShop, le français n’est pas disponible mais la traduction en anglais retranscrit bien l’esprit de la série. Comme on le disait à propos des boutiques notamment, le jeu est quand même plus clair et accessible qu’un River City Ransom, même s’il demeure quelques éléments parfois obscurs.

On pense aux badges qui semblent n’avoir aucune utilité hormis la revente, aux médicaments qui coûtent plus chers que les burgers alors qu’ils redonnent la même quantité d’énergie parce qu’ils sont partagés entre les deux alliés comme les repas au restaurant… Et dans le même esprit, on ne sait pas toujours si certains objets mystères doivent s’utiliser, et avoir ainsi un effet permanent, ou s’équiper et donc accaparer l’un des trois emplacements disponibles. Il faudra donc expérimenter ou chercher des FAQ si l’on veut trouver tous les secrets de River City: Tokyo Rumble. Il m’aura fallu pas moins de dix heures pour voir la fin de l’aventure en ayant fait aussi une bonne partie des à-côtés – à l’exception de deux jobs de très longue haleine. On peut ensuite poursuivre avec un New Game + qui permet de conserver ses statistiques et son équipement, mais on reprend bien sûr l’histoire depuis le début et tous les jobs sont hélas à refaire. Mais comme on peut zapper les cinématiques, les amateurs de beat ’em up replongeront avec plaisir vu que les derniers coups spéciaux à débloquer sont bien funs… Les autres seront sans doute refroidis par le tarif du titre, indexé sur celui d’un jeu en boîte – c’en est un en dehors de l’Europe !

Verdict : À condition d’adhérer au genre, River City: Tokyo Rumble devrait ravir les fans de Kunio mais aussi de Double Dragon, avec ses combats jubilatoires et ses nombreux clins d’œil.

80hbpm

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