TEST : Escape 2042 – The Truth Defenders

Escape 2042 – The Truth Defenders (Windows, Game Boy, Mega Drive/Mega CD, Dreamcast)ESCAPE 2042 – THE TRUTH DEFENDERS
Windows, Game Boy, Mega Drive/Mega CD, Dreamcast
Catégorie : action/plateforme
Joueurs : 1
Développeur : OrionSoft
Éditeur : OrionSoft
Date de sortie : 31/03/2017 (Steam), 17/04/2017 (consoles)
Prix : 3,99 € (Steam), 24 à 49 € (consoles)
Site Officiel : http://orionsoft.free.fr/
(testé sur PC)

Escape 2042 – The Truth Defenders est le dernier jeu en date du développeur français Orion_ et, s’il n’est peut-être pas son plus élaboré sur le plan technique, comparativement à ses point & click par exemple, il n’en demeure pas moins très abouti en termes de gameplay. Et il témoigne même d’une certaine ambition avec des éditions physiques sur Game Boy, Mega Drive et Dreamcast, et ce en dépit de l’échec de la campagne Kickstarter associée. D’ailleurs, après quatre années éprouvantes à avoir tenté d’y travailler à temps plein, le développeur a finalement décidé de redevenir un « amateur » sur la scène homebrew, et notamment de tirer un trait sur les éditions physiques, trop coûteuses. On espère en tout cas qu’il continuera de faire des jeux car ce dernier essai, testé dans sa version Steam, est franchement prometteur. Bien entendu, il prend sans doute une saveur tout autre sur consoles, mais on peut ainsi se forger une opinion à petit prix. Cela étant, l’interface paraît bien rudimentaire sur PC avec peu d’options hormis le plein écran et le choix de la langue (japonais inclus) au démarrage, puis de la difficulté dans le menu principal. Et on a juste droit à un résumé de l’intrigue et à de brèves explications des commandes avant de rentrer dans le vif du sujet…

Néanmoins, Escape 2042 présente plutôt bien avec une réalisation soignée, même si elle est basée sur des ressources existantes. Certains décors sont par exemple signés Luis Zuno d’Ansimuz Games (Elliot Quest) mais l’ensemble est plutôt cohérent et jouit d’un certain charme malgré son minimalisme. Les musiques, également empruntées ailleurs, sont très entraînantes, peut-être même un peu trop parfois quand on a besoin de se concentrer sans se dandiner en rythme… Et côté gameplay, c’est tout aussi réussi avec un concept finalement simple mais mis en valeur par un level design le plus souvent très bien pensé. On a affaire à de la plateforme mâtinée d’infiltration dans la tradition d’un Impossible Mission (1984), l’exploration en moins. La partie combat est réduite à sa plus simple expression avec pour seule arme des grenades de deux types : les rouges pour éliminer les ennemis et les bleues pour neutraliser les caméras. Ces dernières ne demandent aucune précision car elles affectent toutes les caméras à l’écran, mais les autres nécessitent de maîtriser son lancer, ce qui n’est pas simple avec si peu de munitions pour s’entraîner… Les unes comme les autres ne sont cependant pas indispensables et facilitent surtout certains passages, le jeu étant globalement ardu en dépit de vies infinies.

Capture d'écran de la version Game Boy

Capture d’écran de la version Game Boy

Car, même s’il ne s’agit pas d’un die & retry sadique où l’on ne peut pas voir les pièges arriver, chaque écran demande un certain entraînement. Et si cela ne pose aucun problème sur consoles, la maniabilité sur Steam semble pensée pour le clavier, ce qui ne gênera sans doute pas certains habitués mais votre serviteur a eu bien du mal à finir ainsi la première zone… Certes, les manettes USB sont reconnues mais de manière minimale ; c’est le stick gauche qui est utilisé sur les pads Xbox ou PlayStation et non la croix directionnelle. Or c’est très gênant dans un jeu qui repose énormément sur les directions, puisque le hacking comme les mots de passe sont constitués de combinaisons de flèches. En outre, on saute avec un bouton mais la direction haut sert aux fameuses grenades justement, ce qui peut mener à quelques lancers accidentels au stick… Il est donc préférable de garder quand même le clavier près de soi pour hacker lorsque l’on joue à la manette, ou d’opter pour un pad dénué de stick analogique comme celui de la Saturn en version USB – solution qui m’a finalement réussi. J’ai pu ainsi franchir les passages qui me résistaient auparavant, mais il est clair que j’aurais préféré pouvoir configurer les contrôles en détail, ayant largement assez de boutons pour en assigner un aux grenades.

L’une des mécaniques récurrentes du gameplay est donc le hacking d’ordinateurs qui permet d’ouvrir des portes ou d’actionner divers mécanismes. On doit ainsi reproduire une suite de directions, sachant que le nombre de commandes augmente au début (sans dépasser quatre) à chaque niveau, c’est-à-dire lorsque l’on ramasse une clé numérotée. Récupérer ce sésame fait d’ailleurs apparaître à l’écran le nouveau mot de passe correspondant à la progression de ce niveau. Cependant, quand on charge un code dans les options au menu de démarrage, on reprend parfois la partie en arrière mais les passes, qu’il faut bien penser à équiper même s’ils s’utilisent automatiquement, servent alors de raccourcis du fait d’un level design très imbriqué dans la première zone. Quand on meurt, en revanche, on réapparaît toujours sur l’écran courant, précisément à l’endroit par lequel on y est parvenu, et avec les mécanismes et portes réinitialisés, les grenades utilisées de nouveau disponibles, et les mots de passe des ordinateurs changés. Cela permet d’ailleurs parfois de tomber sur des combinaisons plus simples d’une tentative à l’autre, d’autant que le moindre échec dans le piratage est synonyme de mort instantanée ! Cela dit, le hacking réussit automatiquement si l’on joue en mode facile.

Il faut d'abord pirater l'ordinateur en haut à gauche

Il faut d’abord pirater l’ordinateur en haut à gauche avant de s’attaquer à celui en bas à droite !

Du fait de ce level design très dense, on passe donc beaucoup de temps sur chaque écran, faisant des allers-retours entre les différents ordinateurs, avec parfois la nécessité de trouver le bon ordre. Mais ce concept devient vite accrocheur une fois que l’on a compris le principe, grâce à une bonne marge de progression ; c’est tout à fait le genre de jeu où une fois habitué, on enchaîne les écrans du premier coup – d’où la présence d’un mode speed run à faire d’une traite. Par exemple, les caméras sont initialement intimidantes parce que leur portée, représentée par un cercle d’étoiles, n’est pas toujours très claire en termes de collisions. Néanmoins, même si ce n’est pas très réaliste, elles passent d’une position à l’autre instantanément et on peut donc se tenir dans l’angle mort juste en dessous d’elles ! Les ennemis sont en revanche plus pénibles, surtout lorsqu’ils sont combinés avec les caméras et que l’on ne dispose pas de grenade pour neutraliser l’un ou l’autre – de préférence une bleue qui ne rate jamais son coup pour désactiver les caméras et sauter tranquillement au-dessus de l’ennemi… Car sinon, vos adversaires s’arrêtent pour tirer dès qu’ils vous voient, rompant leurs routines et ce qui fait qu’il est parfois très difficile de retrouver le bon timing pour passer sans se faire toucher ou repérer !

La première zone, pas forcément la plus vaste mais assurément la plus longue à parcourir (quatre « niveaux » à elle seule), finit ainsi par devenir assez éprouvante ; c’est une évasion de prison haute sécurité après tout. Mais c’est aussi là que le réglage de la difficulté a le plus d’impact et, comme les mots de passe ont le bon goût d’être indépendants du mode choisi, on peut le modifier ultérieurement au besoin. En effet, non seulement c’est dans cette zone que l’on trouve le plus d’ordinateurs à pirater, mais c’est aussi la seule où l’on dispose de grenades. Or le mode « difficile » ne se distingue du mode « normal » que par des mini-jeux plus longs et par l’absence totale d’explosifs. Escape 2042 – The Truth Defenders ne se déroule donc pas uniquement dans ce pénitencier du futur, et c’est au moment où la routine s’installe qu’il sait surprendre en insufflant de la variété dans son gameplay. La deuxième zone, tout en conservant le même principe, est par exemple bien plus linéaire, nous privant de passe numéroté comme d’inventaire d’ailleurs. À l’inverse, la troisième et dernière est labyrinthique mais entièrement axée sur la plateforme pure ; elle pourra même vous sembler plus facile selon votre pédigrée dans le genre. Et puis on trouve deux mini-jeux servant de transition entre chacune de ces zones.

Les rôles sont inversés ; vous contrôlez le vaisseau en haut

Les rôles sont inversés ; vous contrôlez le vaisseau en haut poursuivi par les ennemis qui vous tirent dessus !

Le premier est une sorte de court shoot ’em up où l’on ne tire pas ; il faut éviter les tirs ennemis et les astéroïdes jusqu’à ce que les ennemis se soient tous crashés, ce qui peut aller parfois très vite. Quant au second mini-jeu, c’est une séquence de rappel assez sommaire, mais au level design visiblement généré aléatoirement si bien qu’on peut « mal » tomber d’un essai à l’autre. Cela étant, une fois le truc saisi, ça passe tout seul… En tout cas, cette variété rend plus indulgent vis-à-vis d’une courbe de difficulté étrange mais un en sens réaliste, la tension disparaissant au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la prison et que Shun retrouve sa liberté. Le calme de la bande-son de la troisième zone lui donne même un côté bucolique qui, en dépit de quelques sauts parfois délicats, nous font oublier peu à peu ces moments rageants où, après avoir réussi à se faufiler entre les ennemis et les caméras, on a dû tout recommencer à cause d’une mauvaise manipulation pendant le hacking, ou cette fois où l’on a oublié la présence de pics au-dessus d’un trampoline… Ce qui serait sans doute pointé du doigt comme un défaut par un professionnel devient presque l’une des qualités inattendues du jeu d’OrionSoft, tant beaucoup de classiques très réputés laissent un goût amer par une surenchère de la difficulté sur la fin…

Verdict : Bien réalisé et construit, Escape 2042 – The Truth Defenders doit toutefois se savourer de préférence sur console, où il a le mérite d’être original par rapport à la production homebrew.

90hbpm

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