TEST : 80’s Overdrive

80's Overdrive (3DS)80’S OVERDRIVE
3DS
Catégorie : course
Joueurs : 1
Développeur : Insane Code
Éditeur : Insane Code
Date de sortie : 03/12/2017
Prix : 9,99 €
Site Officiel : http://80soverdrive.com/

Ces derniers temps, on observe un véritable retour en force des jeux de course à l’ancienne. La plupart se contentent d’un look polygonal comme Drift Stage, Horizon Chase, Maximum Car, Racing Apex ou encore ’90s Super GP, mais certains d’entre eux osent carrément revenir à la 2D des premiers ténors du genre, tels que Slipstream et donc cet 80’s Overdrive, qui a tout de suite fait sensation avec ses faux airs de portage tardif d’Out Run sur Neo·Geo… Or cette tendance s’explique sans doute par le fait que, paradoxalement, le genre du jeu de course n’a que rarement fait preuve de nostalgie jusqu’à présent, les puristes de la conduite recherchant avant tout des simulations réalistes, et donc dotées d’un moteur 3D complexe. Et c’est fatalement en réaction que l’on voit apparaître des joueurs voulant retrouver des sensations plus arcade. Mais, comme bien souvent hélas, ils en oublient peut-être qu’il peut se révéler très difficile de réactualiser un gameplay d’antan. En piètre conducteur et éternel nostalgique de Chase H.Q. (1988) et SEGA Rally Championship (1994), votre serviteur n’estime pas nécessairement que ce style a été supplanté pour de bonnes raisons, mais force est de constater que si 80’s Overdrive a passé beaucoup de temps au garage – et la majorité des titres évoqués plus haut ne sont eux-mêmes pas encore disponibles ! –, c’est peut-être parce qu’il est bien compliqué de retrouver un certain équilibre…

Dès le départ, le jeu d’Insane Code surprend et pas forcément en bien, avec une interface entièrement tactile pour un jeu qui n’utilise en course que les boutons ! Il est heureusement possible de déplacer le curseur à la croix ou au stick, ce qui rappellera peut-être à certains des souvenirs de jeux micro sans souris ou adaptés sur consoles… Mais cela reste laborieux d’autant que la carte du mode Carrière revient toujours à sa position initiale, et on aurait vraiment aimé pouvoir au moins revenir à l’écran précédent avec un bouton plutôt que de traîner son Power Glove jusqu’à « back ». Une fois le jeu lancé, il faut d’abord se créer un profil (pseudo et icône) bien qu’il n’y ait aucun multijoueur, même en local, puis acheter un véhicule parmi les six disponibles, même si la plupart sont trop chers initialement. Outre l’apparence, ils se distinguent par trois paramètres : la puissance (qui combine étrangement vitesse et accélération), la maniabilité et l’adhérence. Chacun d’entre eux pourra être amélioré par la suite, de même que la couleur de la carrosserie et les rapports (manuels ou automatiques), modifiables entre chaque course. Enfin, hormis des options qui permettent de régler le son, l’affichage de la vitesse (en miles par heure par défaut) et de choisir l’un des six modes de contrôles (dont la moitié pour gauchers), on dispose de trois modes de jeu : Carreer Mode, Time Attack et Level Editor. Commençons par le gros morceau.

Les rivaux du classement général sont indiqués par leurs portraits

Les rivaux du classement général sont indiqués par leurs portraits (on notera une voiture de police sur la droite)

Le premier, le mode Carrière, donc, est constitué de trente-six courses – si j’ai bien compté – se déroulant dans divers décors mais correspondant surtout à différentes conditions : longueur et difficulté du tracé, agressivité des rivaux, densité du trafic et de la police. La plupart des courses ne sont pas accessibles au départ (étoiles rouges) et on les déverrouille en obtenant un certain rang dans le classement général, et donc en arrivant premier aux compétitions disponibles. Mais en plus de cela, il faut payer un forfait pour participer à la moindre course, sachant que l’on n’en gagne que si l’on se retrouve sur le podium, le troisième ramassant bien sûr moins que les autres. Ainsi, bien qu’il soit techniquement possible de grinder en refaisant à plus soif les premiers circuits, il faut faire preuve d’une sacrée patience car non seulement les courses les plus faciles rapportent peu, mais une fois la participation prélevée, les frais de réparation voire le plein de votre voiture de temps à autre, il ne restera pas toujours grand-chose… D’ailleurs, si l’on ne prend pas garde, et même tout simplement si l’on ignore que l’on peut recommencer une course qui se présente mal, on peut se retrouver avec trop peu d’argent pour participer à la moindre compétition ! Dans ce cas, il est toujours possible de gagner $50 via un mini-jeu consistant à… nettoyer la voiture d’un rival. Ce qui est non seulement humiliant mais hélas pas très amusant.

Pour pimenter un peu ce mode carrière, un mystérieux individu vous demandera parfois d’accomplir certaines missions vous rapportant (parfois beaucoup) plus d’argent. Par exemple, il faudra ramasser des objets sur la route, ce qui n’est pas bien compliqué puisqu’ils sont très voyants, et même si vous en ratez malgré les collisions très indulgentes, ils réapparaissent tant que vous ne les avez pas tous… Hélas, même si l’on sait gré aux développeurs d’Insane Code de s’être creusé la tête, les autres missions sont autrement moins simples, voire absurdes. L’une d’elles consiste à arriver à une place précise, ce qui est incroyablement difficile (sauf s’il s’agit d’être dernier bien entendu) et condamne logiquement à ne pas gagner le pactole réservé au vainqueur. Dans le même genre, une autre demande d’endommager un adversaire avec un pourcentage de dégâts minimum, ce qui est pour le coup plus facile… À moins, bien sûr, de vouloir obtenir un bon classement en fin de course ! Après avoir payé les réparations de son propre véhicule, qui peuvent coûter plus que ce que la mission a rapporté, il sera donc préférable de refaire la course une seconde fois pour la gagne ce coup-ci. Ce qui nécessitera bien entendu de repasser à la caisse pour les frais d’entrée… Vous l’aurez compris ; le mode Carrière d’80’s Overdrive souffre d’un sacré problème d’équilibrage de l’argent, et ce n’est hélas pas la conduite qui arrange les choses.

2000 pièces pour endommager un rival...

2000 pièces pour endommager un rival… Mais combien coûtera la réparation de votre voiture ?

Il faut dire que celle-ci ne fait pas forcément une bonne impression au départ, puisque l’on débute avec une voiture peu puissante. Les sensations de vitesse sont donc loin d’être au rendez-vous, et on est sacrément tenté de retourner jouer à 3D Out Run… D’un autre côté, le pilotage est aussi beaucoup plus indulgent que dans le classique de SEGA, en particulier parce qu’il est bien plus facile, même avec la première voiture, de se déporter dans un virage sans avoir besoin de lâcher l’accélérateur. Le problème, c’est que c’est aussi valable voire encore plus simple pour les autres véhicules ; il n’est pas rare de voir un poids lourd changer de file en un éclair, alors qu’il doit rouler à une vitesse déjà surréaliste… Il faudra donc être très vigilant et ce, dès le début de la course. Après le démarrage (attention aux faux départs), le plus urgent est de se dégager des rivaux, souvent agglutinés en peloton. Heureusement, on fait en général face à une allée libre sur la ligne de départ, mais il arrive qu’un adversaire vous barre la route sans crier gare. Et les chocs font énormément ralentir dans ce jeu, nous faisant passer en quelques secondes de premier à dernier ! Certes, à la manière d’un jeu d’arcade où le joueur derrière dispose d’un boost, on finit souvent par remonter, même avec un mauvais véhicule. Mais là encore, c’est aussi valable pour vos rivaux qui peuvent vous dépasser juste avant la ligne d’arrivée, et sans recourir à la moindre carapace…

Autrement dit, 80’s Overdrive peut se montrer incroyablement plus injuste qu’un Mario Kart – c’est dire… Si le mode Carrière vous tape sur les nerfs, vous pourrez cependant varier les (dé)plaisirs avec le Time Attack. Pour le coup, ceux qui préfèrent une expérience plus simple, à l’ancienne, seront ravis d’avoir ici affaire à un gameplay quasi-identique à Out Run, c’est-à-dire avec une seule course en temps limité et des embranchements après chaque tronçon. Cependant, le nostalgique risque d’être vite surpris en se rendant compte qu’il ne parviendra pas au premier checkpoint, même après un parcours sans faute ! Comme il est également possible de choisir son véhicule parmi ceux possédés en mode Carrière, on peut supposer que leurs caractéristiques sont prises en compte, bien que le carburant et les dommages ne le soient pas – et les nitro boosts sont indisponibles. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir la meilleure voiture pour s’y mettre car ce mode repose en réalité sur un système de prise de risque ; il faut frôler les autres véhicules pour grappiller quelques secondes supplémentaires… Et mine de rien, il se révèle plus important dans la pratique de raser le trafic de près plutôt que d’éviter les chocs même si bien entendu, il faudra quand même conduire le mieux possible pour atteindre les embranchements les plus lointains… Ce mode offre en tout cas une pause bienvenue entre deux courses pénibles de la Carrière.

Le mode Time Attack est calqué sur Out Run...

Le mode Time Attack est calqué sur Out Run… à une grosse différence près !

Quant à l’éditeur de niveaux, il risque de décevoir également car il faut plutôt parler de générateur de course. On ne dessine pas le tracé de son circuit comme on pouvait le faire dans World Grand Prix (1986) sur Master System, mais on se contente de régler un grand nombre de paramètres définissant un code que l’on peut ensuite partager pour échanger ses parcours. Puisque l’on est dans la personnalisation, évoquons aussi le garage qui permet à tout moment de modifier la couleur et la transmission de son véhicule. Cependant, il faudra débourser de l’argent pour augmenter d’un point l’une des trois caractéristiques de son bolide, mais aussi pour le réparer et remettre du carburant. Un plein permet heureusement de faire pas mal de circuits, sachant que les voitures les plus puissantes consomment davantage… Les deux autres achats disponibles au garage sont les nitro boosts et le radar de la police, qui ne doivent être acquis qu’une seule fois pour chaque véhicule. Le radar se révèle hélas sans intérêt puisqu’il n’empêche en rien d’être ennuyé par la police ; il indique simplement sur l’écran tactile notre distance à la prochaine voiture de flics, mais il est bien plus facile de la repérer directement sur l’écran du haut ! Le mini-jeu qui consiste à l’esquiver à quatre reprises n’est de toute façon pas bien difficile, sauf s’il y a beaucoup de trafic… En revanche, l’achat du nitro boost se montre absolument indispensable !

Certes, on ne peut l’utiliser que deux fois par course, mais il se recharge donc entre chaque circuit et permet d’emblée de se dégager du bouchon initial ou, encore mieux, de semer les rivaux définitivement en fin de parcours pour éviter une remontada de dernière minute… Car, encore une fois, 80’s Overdrive est un jeu bien aléatoire ; certaines courses se jouent durant les premières secondes, où l’on se retrouve vite premier et on s’ennuie jusqu’à la fin de la course. Mais d’autres fois, on peut être victime d’un accident malencontreux au dernier moment, par moments presque inévitable (une voiture dans chaque file !), et l’on peut se retrouver alors très vite dernier… C’est dans ces cas-là qu’il faut avoir le réflexe de mettre la pause avant la fin de la course pour la recommencer, et on vous conseille de ne pas hésiter à abuser de cette « triche » car vos rivaux ne se gênent pas, eux, par exemple, pour traverser le terre-plein central sans la moindre pénalité apparente. Et la police n’ennuie que vous bien évidemment ! Fatalement, ce côté hasardeux peut rendre l’expérience tantôt amusante (ou simplement ennuyeuse) quand tout se déroule en notre faveur, tantôt horriblement frustrante quand on recommence pour la dixième fois la même course parce qu’on se mange un panneau en évitant la police juste avant la ligne d’arrivée, tandis que tous nos rivaux en profitent pour nous dépasser allègrement… Et ça peut même être encore pire !

Un paysage superbe... mais qui fait ramer le jeu !

Un paysage superbe… mais qui fait ramer le jeu !

Votre serviteur a par exemple découvert à ses dépens que les dégâts du véhicule sont conservés lorsque l’on quitte une course (mais pas si on la redémarre)… Un carambolage pouvant vite déclencher une réaction en chaîne, j’ai dû dépenser l’intégralité de mon argent pour réparer ma voiture… à moitié. Il a donc fallu nettoyer un paquet de voitures et recommencer maintes fois les premières courses pour me refaire. D’ailleurs, les développeurs d’Insane Code ne maîtrisent eux-mêmes pas vraiment leur gameplay, donnant durant les chargements des conseils contradictoires comme améliorer régulièrement sa voiture et en acheter plutôt une nouvelle car ça revient moins cher… On pourrait bien sûr se consoler avec la réalisation d’80’s Overdrive, mais elle n’est pas irréprochable non plus. On a déjà évoqué la lenteur de l’interface, mais on peut ajouter le placement maladroit de certaines informations (le chrono en haut à gauche, la position dans le parcours sur l’écran tactile), la présence de temps de chargement ou les musiques, bien plus nombreuses (treize pistes) que dans Out Run mais nettement moins variées… Après, le pixelart est indéniablement superbe, mais le framerate a parfois des ratés, notamment dans le décor antique bordé de peupliers et de colonnes, et la conversion 3D n’est pas aussi convaincante que dans la réédition du classique de SEGA, avec une route étrangement courbée – un simple effet d’optique ?

Verdict : Derrière sa sublime carrosserie, 80’s Overdrive n’en a malheureusement pas tant que ça sous le capot, le caractère aléatoire de son gameplay le rendant souvent horriblement frustrant…

60hbpm

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