TEST : Crouching Pony Hidden Dragon (Neo·Geo, Windows)

Crouching Pony Hidden Dragon (Neo·Geo, Windows)CROUCHING PONY HIDDEN DRAGONNeo·Geo, Windows
Catégorie : Commando-like
Joueurs : 1-2
Développeur : Le Cortex
Éditeur : Neko Entertainment
Date de sortie : 14/07/2014 (Steam)
Prix : 8,99 € (Steam), à partir de 389 € (Neo·Geo)
Site Officiel : http://www.lecortex.com/CPHD/
(testé dans sa version PC)

Comme le studio parisien Le Cortex l’a très bien expliqué dans ce podcast, l’ambition derrière Crouching Pony Hidden Dragon est multiple. Il s’agissait tout d’abord pour les développeurs de se détendre avec un projet plus personnel entre différents jeux alimentaires également créés pour le compte de Neko Interactive, mais aussi de bâtir a posteriori un passé à leur mascotte Ninja Poney – un jeu de mots qui annonce clairement la couleur sur l’ambiance du titre. Et enfin, ils ont voulu profiter de la conception de ce titre homebrew pour permettre à la communauté de bénéficier de leurs outils de développement, mais aussi de leur processus de fabrication de cartouche hybride MVS/AES pour mettre fin à la trisse habitude du sacrificiel. Mais les meilleurs intentions du monde ne font pas forcément un bon jeu, et la sortie d’un portage sous Windows, identique même s’il ne présente sans doute pas le même confort que de jouer sur console, est l’occasion parfaite de tester enfin, pour la première fois sur le Mag, un jeu homebrew.

Un clin d’œil à Metroid se cache dans le décor...

Un clin d’œil à Metroid se cache dans le décor…

Le lancement du titre nous amène directement sur un relativement long (et triste) écran de chargement, certes plutôt commun pour Steam mais plus inhabituel sur consoles. En revanche, la voix digitalisée qui nous accueille juste après et les menus qui s’affichent par la suite nous rassurent aussitôt sur l’origine Neo·Geo du jeu. Mais disons-le d’emblée ; le ton très Fluide Glacial de Crouching Pony Hidden Dragon, carrément pas safe for work, tranche avec l’ambition de ses auteurs ainsi qu’avec les productions de l’époque, et ne sera pas du goût de tous. Heureusement, une fois en jeu, les parties graveleuses se limitent surtout aux cinématiques, à quelques détails et au sprite de Bikini à la manière d’Ultionus. Mais avant ça, vous aurez le choix entre trois modes, Story, Survival et Battle. Si ce dernier offre aux deux joueurs de s’affronter en un-contre-un, le mode Survival se limite aux arènes de la campagne principale et se montre digne de son nom ; il sera en effet très difficile de survivre plus de quelques secondes…

Le mode Story est bien sûr le cœur du jeu et débute par une longue cinématique d’intro bien débile, suivie du choix entre les deux protagonistes et d’un didacticiel optionnel. Depuis la première fois où nous avons aperçu le jeu en mouvement dans les locaux du studio Le Cortex il y a deux ans, les graphismes ont incroyablement progressé. Précalculés en 3D à la manière d’un Blazing Star, ils tenaient autrefois plutôt du jeu flash alors qu’ils arborent aujourd’hui un pixelart très soigné, tout en bénéficiant de l’animation détaillée permise par la 3D. Une fois passé le choc causé par le souvenir que la Neo·Geo ne jouit pas d’une résolution mirobolante, le résultat est réussi d’autant que les scrollings multidirectionnels sont rares sur la machine de SNK. Les décors – du moins ceux du premier monde – sont toutefois volontairement ternes pour faire ressortir les ennemis et les objets interactifs. La bande-son tire aussi agréablement parti des capacités de la console avec des voix digitalisées et des musiques aux sonorités traditionnelles.

Les pinces violettes de ce boss renvoient tous vos tirs !

Les pinces violettes de ce boss renvoient tous vos tirs !

Si les développeurs qualifient leur jeu d’action-RPG, c’est au premier abord un Commando-like avec un système de polarité à la Ikaruga. Ainsi, vos shurikens, rouges ou bleus selon le bouton appuyé, seront renvoyés par les ennemis s’ils sont de l’autre couleur – et c’est aussi vrai pour la moindre caisse ! Quant aux ennemis et objets violets, il faudra donc les éliminer au corps-à-corps. Un troisième bouton déclenche un saut peu agréable vu de dessus, mais inutile dans le premier monde, et le quatrième fait office de smart bomb à l’animation grisante et se révèle efficace, voire indispensable, dans les fameuses zones d’arènes qui se déclenchent parfois. Et si le titre est jouable à la manette dont celle de la Xbox 360, il est hélas dommage qu’on ne puisse jouer qu’au stick analogique (*). Ce dernier ne se montre pas toujours précis dans un jeu qui ne gère de toute façon que huit directions. À défaut d’un stick Neo·Geo en USB – si ça existe – on aurait apprécié un contrôle à deux sticks, ou une solution intermédiaire façon Ikari Warriors.

Ici, pas de bouton pour fixer la direction, pas même en maintenant le bouton de tir – ce qui ne serait pas prudent puisqu’il faut faire constamment attention où l’on vise. Ce gameplay demande un réel temps d’adaptation d’autant que les sprites sont gros et parfois très nombreux. Alors avec des ennemis qui surgissent par tous les côtés, ou commencent à tirer à peine entrés dans l’écran, il ne sera pas aisé de progresser sans se faire toucher. Le premier niveau devrait du coup en surprendre plus d’un par sa difficulté, d’autant qu’il est étonnamment vaste et peu linéaire – seule la direction générale est donnée et il faudra se frayer un chemin dans un véritable dédale. Et malgré le réel effort fourni par les graphistes pour varier les décors avec de nombreux détails, leur aspect monochrome rend l’orientation compliquée. Il faudra donc bien mémoriser les lieux d’autant que chaque zone fait l’objet de plusieurs niveaux qui vous la font revisiter dans un sens ou dans l’autre, avec bien entendu des différences dans les ennemis et le level design.

Lorsqu'il y a des tourelles à l'écran, on n'est pas loin du manic shooter - mais avec un énorme "vaisseau" !

Lorsqu’il y a des tourelles à l’écran, on n’est pas loin du manic shooter – mais avec un énorme « vaisseau » !

Heureusement, vos adversaires et les conteneurs qui parsèment chaque niveau vous laisseront des bonus une fois détruits, même si là encore, le premier contact peut paraître rude. Déjà parce que, comme on l’a dit, les caisses aussi renvoient les tirs, mais aussi parce qu’on y trouvera surtout de l’argent, du temps supplémentaire, et des items pour améliorer temporairement vos shurikens. Le plus utile est celui qui vous permet, dans une animation savoureuse, d’enflammer vos ennemis quelles que soient leurs couleurs, mais qui peut s’avérer à double tranchant si vous vous approchez des flammes !… Les jutsu (les smart bombs), eux, n’apparaissent que dans certains coffres tandis que les bonus de vie sont offerts aléatoirement et rarement quand on en a vraiment besoin, et peuvent nécessiter des détours risqués. Mais après quelques parties, et même si ce n’est pas la meilleure stratégie, on pourra profiter des différents chemins qui mènent à la sortie pour éviter le maximum d’ennemis, d’autant que les arènes semblent se déclencher lorsqu’il y en a trop à l’écran – ce qui a quand même un caractère aléatoire parfois…

Ces séquences au scrolling bloqué constituent haut la main les plus pénibles du jeu, avec des nuées d’ennemis de couleurs différentes agglutinés ensemble… Et si ce n’est déjà pas toujours une bonne idée en temps normal de rebrousser chemin, au risque d’en faire apparaître d’autres, cette fois il n’y aura pas d’échappatoire ! Or, si jamais le groupe d’ennemis vous touche, votre énergie peut fondre comme neige au soleil et le bonus de vie offert à l’issue de ce calvaire sera alors une bien maigre consolation. Rappelons-le ; en dehors des gros coffres violets au contenu fixe – souvent de l’argent – les items sont aléatoires et il faudra donc pas mal compter sur la chance… Mais il arrivera parfois que dans les moments les plus difficiles, vous passiez de niveau et que votre énergie remonte au maximum ! Car oui, Crouching Pony Hidden Dragon est bien un action-RPG même si la discrète jauge de points d’expérience monte hélas très lentement… Et c’est pourquoi il est en réalité plus payant d’explorer le moindre recoin de chaque niveau !

La boutique vend des recharges d'énergie, des jutsus, et des améliorations pour rendre vos tirs plus rapides et puissants

La boutique vend des recharges d’énergie, des jutsus, et des améliorations pour rendre vos tirs plus rapides et puissants

En effet, même si venir à bout du stage 1-1 n’est déjà pas une sinécure pour le débutant, il faudra parfois accepter de passer outre la sauvegarde automatique entre chaque niveau et tout recommencer, car bien l’explorer permet non seulement de remplir quasiment sa jauge d’expérience, mais aussi d’y trouver une extension de vie – l’équivalent d’un second passage de niveau ! – ainsi que la fameuse boutique, pourtant indiquée par des panneaux mais facile à rater. On y trouve tout d’abord des bonus régénérant toute sa vie pour pas cher, et il sera donc tentant d’y faire plusieurs allers-retours en dépit du temps limité. Mais il faudra aussi économiser pour acheter des améliorations à votre arme. Si leur coût est logiquement exponentiel, non seulement ces dernières sont définitives, mais elles se cumulent en outre aux bonus temporaires trouvés dans les niveaux ! Par conséquent, la meilleure stratégie est de progresser pas à pas, mais sans trop traîner bien sûr, afin de déclencher l’apparition d’ennemis à l’unité ou par deux. En faisant preuve ainsi de prudence, on peut même éviter presque totalement l’apparition d’arènes.

On pourra aussi – mais c’est très risqué – économiser le prix d’une recharge en tenant bon jusqu’à la fin du stage, jusqu’au remplissage de sa jauge d’expérience ou, si vous savez où il se trouve, au prochain coffre contenant une extension de vie… Et on pourra aussi demander l’aide d’un second joueur, même s’il faudra dans ce cas se partager l’argent et l’expérience… Mais ce ne sera hélas pas l’unique raison des disputes entre joueurs ! En effet, si vous ne pouvez pas blesser directement votre partenaire avec vos attaques, celui-ci perdra en revanche de l’énergie en touchant vos shurikens après rebond sur des ennemis ou des caisses de la mauvaise couleur ! Et comme il est assez logique de se répartir les couleurs entre joueurs façon « je fais les rouges, tu fais les bleus », préparez déjà votre arsenal argumentaire pour prouver que c’était « un simple accident »… En bref, si Crouching Pony Hidden Dragon peut sérieusement refroidir au premier abord, d’autant que ses collisions peu indulgentes et son côté aléatoire sont réellement critiquables, c’est toutefois le genre de titre qu’on apprécie davantage à chaque partie.

Verdict : Avec son ambiance barrée et sa difficulté élevée, CPHD cache (trop bien) son jeu et la version PC tombe à pic pour s’y essayer avant d’investir dans une cartouche Neo·Geo.

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