CHRONIQUE : Gamate, la Game Boy made in Taiwan

Gamate

Après notre chronique dédiée aux deux Zelda sur CD-i, laissons de nouveau la full motion video de côté pour évoquer une machine bel et bien sortie dans le commerce, contrairement à la NEMO ou la WOWOW précédemment abordées, mais qui a connu un échec cuisant comme la PC-FX… Toutefois, la Gamate avait une bonne excuse ; la Game Boy était indétrônable, et même des constructeurs prestigieux à l’époque comme SEGA ou Atari n’y sont pas parvenus ! Pourtant, la console du Taïwanais Bit Corp n’avait pas fait la même erreur de proposer un écran en couleurs au détriment de l’autonomie, et elle bénéficie d’une robustesse étonnante et d’une ludothèque de plus de 70 jeux… Mais cela n’a visiblement pas suffi à rivaliser avec la console imaginée par Gunpei Yokoi et notre membre d’honneur Satoru Okada.  Et à l’heure où Nintendo semble plus que jamais se concentrer sur ce marché des portables qu’il a toujours dominé, il m’a paru « d’actualité » de présenter ce clone qui a au moins fini par susciter l’intérêt des collectionneurs. De plus, si cette chronique est la traduction d’un article de NintendoLife qui a plus de deux ans, le site anglais a profité de l’acquisition de la machine pour signer un nouveau dossier en début d’année, dont nous reprendrons certaines photographies et compléments d’informations.


Par Damien McFerran, publié sur NintendoLife le 13 février 2014, d’après un dossier publié dans le magazine Retro Gamer, chez Imagine Publishing.
Traduit de l’anglais par Guillaume Verdin

La Gamate, la portable qui a tenté en vain de se mesurer à la Game Boy
L’histoire d’une des portables les plus obscures du jeu vidéo

Quand Nintendo a lancé la Game Boy originale en 1989 et a conquis le cœur du public comme de la presse, il était quasiment couru d’avance que d’autres sociétés allaient lui emboîter le pas et concevoir leurs propres consoles portables. Le rival emblématique SEGA a rapidement mis sa Game Gear en rayon tandis que le vétéran de l’industrie Atari a proposé une Lynx extrêmement performante, mais des prétendants moins connus sont également apparus, dont la méconnue Gamate fabriquée par la petite société asiatique Bit Corp. « Bit Corp était l’une des premières sociétés de jeux vidéo de Taiwan, active depuis le début des années 1980 au moins » raconte Alex Evans, le webmaster du site de curiosités vidéoludiques NeoFuji, et sans doute l’une des sources principales d’informations sur la Gamate. « Elle a développé un certain nombre de jeux pour l’Atari 2600, dont beaucoup sont sortis en Europe. Avec l’essor de la Famicom au milieu des années 1980, Bit Corp s’est attaquée à cette machine en 1987 via Duck Maze, le premier jeu taïwanais sur la console (NdT : et déjà un clone de Doki Doki Penguin Land (1985) sur SG-1000 et MSX !), et a publié au moins quatre autres titres durant les deux années suivantes. »

La Gamate et la Game Boy

La Gamate et la Game Boy ne se présentent pas dans le même sens mais sont malgré tout très similaires…

Mais les softs ne constituent qu’une partie de l’activité de la société. « Bit Corp produisait aussi des machines – principalement des clones de consoles populaires », poursuit Evans. « Mais elles étaient en général un cran au-dessus des copies génériques que fabriquaient les autres. En plus des inévitables clones de l’Atari 2600 et de la Famicom, elle a sorti deux ordinateurs, le Bit-60 et le Bit-90, basés sur les architectures de l’Atari 2600 et de la ColecoVision respectivement, et compatibles avec les cartouches des consoles correspondantes. Bit Corp a aussi tiré parti des similarités entre la ColecoVision et la SG-1000 de SEGA pour créer une console hybride appelée la Dyna 2-in-1, commercialisée en tant que Telegames Personal Arcade aux États-Unis. »

Ce passif pris en compte, il est clair que Bit Corp bénéficiait d’une grande expérience dans le hardware de jeux vidéo, et semblait donc bien placée pour profiter de la popularité naissante des consoles portables auprès du public. Et étant donné le penchant de la société pour le plagiat, la Gamate proposée présentait sans surprise de nombreuses similarités avec la portable révolutionnaire de Nintendo. « S’il est difficile de déterminer précisément le type de CPU que la Gamate embarque – c’est apparemment un processeur customisé, et le manuel se contente de dire qu’il est 8-bit – la console présente le même type d’affichage, la même quantité de RAM, la même configuration de contrôles et des capacités graphiques et sonores très proches de la Game Boy » explique Evans. « Elle utilise même un chargeur similaire. Elle était très clairement inspirée par la machine de Nintendo, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un véritable clone comme certains l’ont supposé – la résolution de l’écran semble légèrement différente, par exemple. »

Les cartes de jeux

Les cartes de jeux évoquent forcément les HuCards de la PC Engine et les MyCards de la Master System

L’un des aspects sur lesquels la Gamate se différencie de la Game Boy est la manière dont se présentent les jeux, Bit Corp ayant opté pour un format de type carte similaire à ce que l’on connaissait déjà sur PC Engine et Master System. « Tout comme les cartes de NEC et SEGA, elles sont à peu près de la taille d’une carte de crédit, seulement un peu plus épaisses ; la majeure partie de la carte est en réalité constituée de plastique seul et ne sert qu’à accueillir l’étiquette » explique Evans. « La PCB n’occupe qu’un tiers environ de la longueur totale de la carte, et n’est constituée que de deux petites puces sur une carte fine, recouverte d’époxy et collée au tout. Je ne sais pas vraiment pourquoi ce format a été choisi – une cartouche plus traditionnelle façon Game Boy aurait offert davantage d’espace pour des ROMs plus volumineuses et des fonctionnalités supplémentaires comme une pile de sauvegarde, permettant aux développeurs de créer ainsi des jeux plus vastes et complexes – mais cette particularité a le mérite de marquer les esprits et c’est toujours sympa de pouvoir transporter ses jeux dans son porte-feuilles. »

Même si Bit Corp cherchait à reproduire les performances de son illustre rival, les origines modestes de la société expliquent que certains sacrifices ont dû être faits – le plus évident étant l’écran de très mauvaise qualité. Et ce défaut a eu un impact dramatique sur la perception de la console par le public. « L’écran LCD de la Gamate a le même problème que celui de la Game Boy originale, mais en dix fois pire ; il souffre d’un effet de rémanence catastrophique » regrette Evans. « Cela rend en fait certains jeux comme le shoot ’em up vertical Tornado quasiment injouables, parce que les objets petits et rapides comme les tirs deviennent invisibles. Certains modèles ultérieures de la console présentent un écran légèrement amélioré, qui corrige le problème dans une certaine mesure ; ce n’est pas parfait mais au moins, on voit tout. Mais Bit Corp a apparemment continué d’utiliser les bons et les mauvais écrans en parallèle, et a donc vraisemblablement fait appel à deux fournisseurs différents en simultané pour une raison ou une autre, plutôt que de réellement faire l’effort de régler le problème. »

L'effet de rémanence est très prononcé

L’effet de rémanence très prononcé constitue le principal défaut de la Gamate

Compte tenu de la petite stature de Bit Corp et de son manque de moyens, il n’a jamais été question pour la société de commercialiser la Gamate sur d’autres territoires que son pays d’origine. Cependant, grâce au succès de la Game Boy et à la popularité soudaine des consoles portables, Bit Corp a pu décrocher des contrats de distribution qui ont permis à la machine d’apparaître dans un nombre impressionnant de pays – avec un succès toutefois confidentiel. « Il semble que la Gamate soit sortie sur la plupart des marchés principaux du jeu vidéo, à l’exclusion possible du Japon » dévoile Evans. « Je sais de source sûre qu’elle a été vendue au Royaume-Uni, en Italie, en France, en Allemagne, en Suisse, en Amérique du nord, en Argentine, en Uruguay, à Taiwan et sans doute en Chine continentale, mais des consoles ont pu également circuler dans beaucoup d’autres pays via des importateurs locaux. »

Le fabricant de joysticks Cheetah a pris en charge sa distribution au Royaume-Uni, espérant clairement que le phénomène Game Boy puisse déteindre sur ce nouveau rival audacieux. La console avait vraiment ses chances ; elle a été lancée au prix de lancement très raisonnable de £59.95 (NdT : 71 €, ou 109 € avec l’inflation), soit £10 de moins que la portable de Nintendo, et les jeux étaient vendus à environ £15 (NdT : 18 €/28 € de 2016). Malheureusement, la presse ne lui a pas été favorable, avec des tests soulignant l’absence de titres connus, l’écran de mauvaise qualité et un manque général de jeux de qualité, comme raisons principales de faire l’impasse sur la console. La Gamate n’a jamais décollé au Royaume-Uni et Cheetah a fini par abandonner la machine – bien que celle-ci n’ait pas disparu du pays pour autant. « Il est intéressant de noter que la console semble être sortie deux fois au Royaume-Uni » précise Evans. « La première via Cheetah, et la seconde via Maplin, qui semble toutefois avoir rencontré les mêmes difficultés pour la vendre. J’ai vu des boîtes de jeux affichant un tarif de 99 pence (NdT : moins de 2 €)… Pour des titres que l’on trouve désormais à £50 (NdT : 60 €) voire plus sur eBay. »

Gamate (packaging italien de GiG)

Mais ailleurs en Europe, la Gamate a reçu un accueil quelque peu plus chaleureux. « Le distributeur italien de la machine, GiG, était en réalité un acteur assez majeur de l’industrie du jouet » explique Evans. « C’était le distributeur officiel de la NES dans ce pays, qui a donc pu sans doute profiter de sa force marketing et de son réseau commercial pour que la console fasse son entrée dans bien plus de foyers que partout ailleurs. » Et en effet, la plupart des jeux Gamate qui circulent sur eBay actuellement sont des versions italiennes, ce qui suggère que la machine a rencontré un certain succès sur ce territoire.

Mais l’une des raisons du triomphe de la Game Boy est qu’elle a joui d’un soutien sans faille d’éditeurs tiers réputés comme Capcom, Konami, Taito et Electronic Arts. Alors que la Gamate a dû largement compter sur ses équipes de développement internes pour créer une ludothèque modeste, les programmeurs surmenés de Bit Corp ayant dû en gérer la majeure partie sans être récompensés à leur juste valeur. « Il n’y avait pas d’éditeur tiers, mais je connais au moins deux studios externes ayant travaillé sous contrat avec Bit Corp : Gamtec Corp (NdT : à qui l’on doit Magic Girl), basé à Taïwan, et Hengmao Electronics, en Chine continentale » révèle Evans. « Ensemble, ces sociétés ont produit au moins 71 jeux durant le cycle de vie de la console, ce qui – du moins sur le plan quantitatif  – place la Gamate devant tous les autres petits concurrents sur le marché des portables, y compris des prétendants aux échecs autrement plus retentissants comme la Nokia N-Gage, la Game.com de Tiger, la Watara Supervision et la Gizmondo. »

Cependant, la quantité n’est pas toujours synonyme de qualité, comme le reconnaît facilement Evans. « Au-delà des problèmes graphiques et sonores de la console, les jeux demeurent en soi très inégaux ; ils ne sont pas tous effroyables comme certains le prétendent, mais ils ne sont pas assez bons non plus pour faire de la Gamate davantage qu’une simple curiosité. Beaucoup d’entre eux avaient du potentiel mais ont été clairement bâclés – c’est dommage. Myth of Asamia en est un bon exemple ; la maniabilité foireuse des sauts gâche un jeu de plateformes honnête par ailleurs. Un autre jeu, Flying Goblin, a même été commercialisé avec la description d’un tout autre titre, Mars Voyage, au dos de sa boîte. Les développeurs étaient loin d’être incompétents, mais ils étaient clairement sous pression pour produire le plus possible de contenu dans un temps et avec des moyens limités. Après tout, Bit Corp était une petite société qui, avec l’aide de quelques studios de développement encore plus modestes, a essayé de se mesurer à une multinationale bénéficiant du soutien des plus grands développeurs et éditeurs au monde. »

Ce Cube-Up me rappelle quelque chose...

Ce Cube-Up me rappelle quelque chose… Mais quoi ?

Comme sur les micro-ordinateurs 8-bit où c’était monnaie courante, la ludothèque de la Gamate était remplie de jeux plagiant sans vergogne des hits de l’époque, dont Bit Corp n’avait ni l’intention ni les moyens d’acquérir les droits pour les adapter légalement. Parmi ces clones habiles on trouve Boom (Super Pang), Monster Pitfall, Bomb Blaster, Witty Apee et Treasure Hunter (Lode Runner), Galaxy Invaders, Mighty Tank (Battle City), Brick Blaster, Money Maze (Lock ‘n’ Chase) et Cube-Up (Tetris). Pipemania a également été porté sur la console sous son nom d’origine, bien qu’il ne semble pas détenir la licence. Enfin, nous avons le Mars Voyage précédemment cité, qui n’est pas un plagiat à proprement parler mais qui ressemble quand même beaucoup au Gradius de Konami, jusque dans la présence de statues moaï au dos de la boîte. Compte tenu du manque de moyens de Bit Corp et de ses compétences modestes de développeur, on peut lui pardonner dans une certaine mesure d’avoir plagié tant de jeux, mais hélas peu de ces clones, voire aucun, ne sont arrivés à la hauteur de leurs illustres modèles.

En dépit de sa courte durée de vie, le hardware de la Gamate a connu quelques révisions – la plupart n’étant toutefois évidentes que pour les collectionneurs assez expérimentés pour repérer les subtiles différences. « Le chipset principal semble avoir été modifié à un certain moment de la production, mais c’était sans doute pour des raisons de coûts dans la mesure où cela n’a pas eu d’effet notable sur les performances » clarifie Evans. « J’ai aussi été en contact avec un collectionneur taïwanais qui possédait un modèle blanc (NdT : avec des boutons rouges !) qui était présenté comme de « seconde génération » mais tout avait l’air inchangé à part le coloris. Concernant l’intérieur de la machine, il existe au moins deux autres variantes – la plus identifiable concernant l’écran, que j’ai déjà évoqué. La manière la plus facile de savoir de quel modèle il s’agit est d’allumer la Gamate sans jeu ; la « mauvaise » affiche des lignes horizontales tandis que la « bonne » un motif de damier légèrement (NdT : plus que ça, cf ci-dessous) corrompu. »

Le motif de damier indiquant un meilleur écran

Le motif de damier indiquant un meilleur écran, mais il y a tout de même beaucoup de rémanence comme on le voit dans cette vidéo signée Ashen

Certaines versions de la console sont extrêmement rares et donc très recherchées par les fans. « Les tous premiers modèles de Gamate avaient une coque sensiblement différente, avec un haut-parleur, des boutons et une croix directionnelles agencés différemment, mais ils sont nettement plus rares que la version standard » explique Evans. « J’en ai vu un en vente sur eBay, mais aucun possesseur de Gamate avec qui j’ai été en contact n’en possède un exemplaire. »

En 1992, les efforts pour maintenir la Gamate en vie se sont révélés trop difficiles pour Bit Corp ; la société a fait faillite mais étonnamment, la disparition de son fabricant n’a pas signé la fin de la console outsider. « La production de la Gamate a été reprise par le fabricant de semi-conducteurs UMC et sa filiale Funtech, alors également connue sous le nom de Dunhuang Technology » précise Evans. Et ce changement s’est fait en douceur contrairement à ce qu’on aurait pu penser, puisque UMC avait joué un rôle majeur dans la genèse de la machine, mais en tant que fournisseur de puces plutôt que force créative. « Toutes les Gamate contiennent un processeur UMC, quoique leurs composants étaient omniprésents dans les consoles taïwanaises de l’époque – la plupart des premiers clones de Famicom utilisent les copies signées UMC des puces Nintendo, par exemple » explique Evans. « UMC aura sans doute commencé par ne fournir que les processeurs à Bit Corp, avant de reprendre l’ensemble de la chaîne de production de la Gamate, et ainsi faire son entrée sur le marché du jeu vidéo après la disparition de Bit Corp. »

Bien qu’elle ait continué de se battre sous la houlette d’UMC et réussi à se créer un petit public en Italie, la Gamate a fini par tomber dans l’oubli face à la domination implacable de la Game Boy, et à l’indifférence totale des joueurs. Une version en couleurs a été évoquée à un moment donné, mais Evans doute que cela ait dépassé le stade de la rumeur, lancée pour nourrir des espoirs déjà bien minces. « Je n’ai pu trouver aucune preuve de son existence » admet-il. « Il paraît qu’elle a été présentée au CES et mentionnée dans un magazine de jeux vidéo américain, mais je n’ai jamais pu trouver ce dernier, ni rien d’autre de plus consistant que de simples rumeurs sur une sortie en petites quantités à Taïwan. Ou dans des pays complètement improbables comme le Mexique. » Fin 1993, la Gamate était pour ainsi dire morte, regrettée seulement par une poignée de fans endeuillés. En l’absence de chiffres fiables, il est difficile de déterminer l’étendue de son échec, mais il est évident que c’était très, mais alors très loin d’être un succès. « À en juger par la rareté des machines d’occasion, ça a sans doute été un flop spectaculaire – la console était vraiment loin d’inquiéter la Game Boy, la Game Gear et même la Lynx » assure Evans.

Exemple de manuel d'instruction de la version italienne d'un jeu

Exemple de manuel d’instruction de la version italienne d’un jeu

La Gamate n’occupe clairement pas une très haute marche du panthéon des consoles de jeux, et même un grand fan comme Evans ne parvient pas à le nier ; la console s’est avérée terriblement décevante, même du point de vue purement économique.  « Même en Italie, où elle semble avoir mieux marché, cela n’a clairement pas été suffisant pour que son distributeur daigne sortir les derniers jeux » admet-il. « La seule manière de savoir si cela a vraiment été un échec commercial, est de déterminer si Bit Corp et UMC ont vraiment gagné de l’argent avec. Elle n’allait pas battre la Game Boy mais elle aurait pu être considérée comme un succès vis-à-vis de leurs objectifs modestes. Le fait que Bit Corp ait fait faillite pendant le cycle de vie de la console n’est pas vraiment bon signe, mais UMC a dû en tirer un minimum de bénéfice pour ne pas quitter l’industrie du jeu vidéo ; il faut cependant noter que sa seconde console, la 16-bit Super A’can, a fait perdre à UMC six millions de dollars et mené à la fermeture de toute sa branche jeux vidéo. »

Ironiquement, la confidentialité de la Gamate dans le paysage des consoles portables en fait une machine très recherchée par les cercles de collectionneurs, avec des machines en loose pouvant atteindre les £50 (60 €) les rares fois où elles font leur apparition sur eBay. « Je dirais que c’est dû à une grande rareté couplée à une ludothèque assez importante » note Evans lorsqu’on lui demande la raison de cet engouement étonnamment fébrile pour cette malheureuse machine. « C’est assez rare pour une console dont la plupart des gens, même parmi les fans de rétro, n’ont jamais entendu parler, d’avoir plus de 70 jeux. Je soupçonne aussi que le fait qu’elle n’ait jamais été émulée doit jouer ; la seule manière de s’adonner à tous ces jeux est de les posséder. »

Il semblerait donc que la Gamate soit destinée à devenir un étrange et fabuleux objet de collection plutôt qu’une véritable plateforme de jeu. Son terrible échec et son statut confidentiel seraient ce qui la rend réellement digne d’intérêt pour les fans de rétro les plus passionnés, alors qu’en tant que console, elle n’offre rien de très alléchant. « Je dois admettre qu’il est assez inacceptable que la grande majorité des Gamate soient équipées d’un écran qui rend beaucoup de leurs titres injouables » reconnaît Evans. « Le haut-parleur est tout aussi mauvais ; certains jeux bénéficient pourtant de bonnes musiques, mais on ne peut pas s’en rendre compte sans écouteurs. Cela étant, il n’y a rien de particulièrement mal fichu dans le design de la machine ; il est seulement handicapé par des maillons faibles situés aux endroits les plus critiques. En un sens, c’est assez impressionnant qu’ils soient allés aussi loin, mais au final ils auront pris trop de tangentes et trop sacrifié la qualité au profit de la quantité en ce qui concerne les jeux. Peut-être que s’ils avaient créé deux fois moins de jeux, et repoussé la sortie de la console afin de résoudre les problèmes de hardware et de laisser aux développeurs le temps de peaufiner les choses, ils auraient eu un petit succès potentiel entre les mains. Mais ça ne s’est pas passé comme ça… »

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