Aperçu de la PC Engine mini

PC Engine Core Grafx mini

Sortie au Japon le 19 mars mais repoussée ailleurs à cause de la pandémie, la PC Engine mini aurait dû être testée ici bien plus tôt, et notamment avant l’Evercade retardée elle aussi… Finalement, nous l’avons reçu dans sa version européenne (Core Grafx mini) une semaine après cette dernière et on ne voulait pas trop rapprocher les deux bancs d’essai, d’où ce test tardif mais que l’on espère complet. Et on avait hâte, car la PC Engine est une machine de cœur pour votre serviteur et pas mal de retrogamers français, et nous lui avons d’ailleurs dédié un live récemment. Dernière machine mini en date en attendant la future Astro City Mini, elle vise certes un public sans doute plus restreint que les précédentes mais n’en était donc pas moins attendue… On savait de toute façon qu’elle était proche de la Mega Drive Mini, l’émulation étant également signée M2 (les SEGA AGES et les compilations Darius Cozmic Collection entre autres), mais elle se révèle peut-être encore meilleure sur certains points et présente quelques particularités, au niveau hardware comme software, souvent liées à la console d’origine. Par exemple, cette dernière était déjà très compacte à l’époque et reste encore aujourd’hui la plus petite console de salon – du moins jusqu’à ce qu’on y ajoute un lecteur CD-ROM². Mais cette réédition rétro a encore été miniaturisée comme on peut le constater ci-dessous, au point de pouvoir tenir dans une (grosse) poche.

Alors que la version japonaise reprend (logiquement) le look de la PC Engine blanche originale de 1987, et l’américaine celui de la TurboGrafx-16, notre modèle européen opte pour la CoreGrafx I, grise avec des visuels bleus. La reproduction est fidèle hormis un plastique brillant, pailleté, et donc différent du rendu mat d’époque. Sinon, tous les détails sont là jusqu’au cache du port d’extension qui servait à brancher le lecteur CD-ROM², et que l’on risque hélas de laisser traîner puisqu’il faut l’enlever ici pour brancher les connectiques HDMI et d’alimentation. Du coup, le port du transfo de la console d’origine a disparu du flanc droit, et on ne peut évidemment pas insérer la moindre HuCard – la fente est logiquement plus fine de toute façon – mais on retrouve le loquet vert qui vient bloquer l’accès quand on allume la console, ce qui pallie l’absence de diode d’allumage en passant. Enfin, la différence qui saute aux yeux, c’est la connectique en façade remplacée par deux ports USB ; on peut donc se passer enfin d’un quintupleur (toutefois disponible séparément) pour jouer à deux ! Cela dit, comme la machine n’est fournie qu’avec une seule manette contrairement à certaines de ses rivales, il faudra en acheter une seconde… Certains pads USB génériques sont cependant reconnus, mais pas les manettes des consoles actuelles ni même celle de la Mega Drive Mini – bien que celle de Retro-bit fonctionne par exemple. Et on se prive ainsi des switches turbo (absents de la manette du pack japonais de base, là encore par souci d’authenticité), assez indispensables pour les nombreux shoot ’em ups

Comparatif PC Engine Mini
(photo par Steven Pendleton)

En revanche, une entorse a bien été faite à la véracité historique avec des câbles de manette autrement plus longs qu’à l’époque, qui pallient très bien le fait d’être filaires. Sinon, la boîte contient un manuel d’instructions un peu léger, un câble HDMI normal cette fois (et donc réutilisable), et un autre USB mais comme souvent sans prise au bout. L’idée est d’alimenter la console directement via la TV, mais ça nécessite un minimum de puissance – on ne pourra pas utiliser le dock d’une Switch par exemple, alors que ça marche pour les consoles d’Analogue paraît-il… Un peu longue à s’allumer, la console bénéficie toutefois d’une interface très réussie, sans doute la meilleure du genre (même si pas la plus rapide pour la navigation). On passe des jeux PC Engine (en japonais) à ceux de la Turbografx-16 (en anglais) via une icône en bas à droite, et les titres en commun voient donc leurs jaquettes changer – et c’est divertissant en soi d’admirer les horribles versions américaines… Outre le choix entre un habillage CoreGrafx (par défaut) ou PC Engine, les options permettront notamment de choisir le fond d’écran (parmi quatre mais c’est toujours ça) et le mode d’affichage parmi cinq dont un intégré dans la portable PC Engine GT, hélas plus amusant qu’utilisable dans les faits. Et mis à part dans ce dernier cas, on pourra activer ou non des scanlines – certains les trouvent particulièrement réussies, d’autres pas du tout.

Mais le plus charmant est sans doute la petite animation d’insertion de l’HuCard (la System Card pour un titre CD-ROM²) une fois le jeu lancé, avec les bruitages plus vrais que nature… On a même droit le cas échéant à l’écran de boot du CD-ROM², même si l’on n’aura bien sûr pas accès aux sauvegardes et que la partie se lance automatiquement au bout de quelques secondes… Et comme la manette ne dispose pas de bouton supplémentaire par souci d’authenticité, il faudra appuyer sur Select et Run (bien mieux que maintenir Start cinq secondes sur Mega Drive Mini) pour afficher le menu où l’on pourra réaliser jusqu’à quatre sauvegardes par jeu (pas de rembobinage hélas), et quitter pour revenir au menu principal. Concernant ce dernier, les cinquante jeux y sont donc listés en deux séries (voire les listes en fin d’article ci-dessous), et ils sont classés chronologiquement par défaut, ce qui je trouve est appréciable et pertinent compte tenu de la longévité de la gamme. La répartition en deux listes permet aussi d’alléger la navigation, car la PC Engine mini est quand même, après The C64, la mini machine qui offre le plus de jeux, bien qu’il y ait cinq doublons disponibles en deux langues. Mais là où une Mini Super NES n’en proposait que vingt-et-un mais (quasiment) que des incontournables, il faut avouer ici que la sélection est bien plus inégale, même pour un fan de la console de NEC. Après, en réfléchissant un minimum, on se rend compte qu’il aurait sans doute été difficile de faire beaucoup mieux…

Affichage façon PC Engine GT
Ce mode d’affichage ne rend pas vraiment hommage à l’écran de la PC Engine GT…
(capture d’écran : Gamekult)

Déjà, même si on a déjà eu des surprises en la matière, il n’y a bien entendu pas de jeux à licence comme Jackie Chan (1991) et, comme souvent avec les machines de ce genre, les jeux d’éditeurs tiers sont minoritaires même si Konami, arrivé sur le tard à l’époque, est logiquement bien représenté puisqu’il a racheté Hudson et est à l’initiative de cette console ! Le souci, c’est qu’on sent surtout qu’il a essayé de proposer autre chose que du shoot ’em up et de varier les genres avec des titres médiocres comme Moto Roader (1989) ou le jeu de croquet Appare! Gateball (1988) – mais pas de Final Match Tennis (1991), surtout culte en France il faut bien le dire… Certains titres ont aussi une valeur plutôt symbolique, comme The Kung Fu/China Warrior (1987), le tout premier de la console, Alien Crush (1988-1989), très bon mais pas autant que sa suite Devil’s Crush (1990), ou encore le portage perfectible de Ninja Gaiden (1991) pour avoir un jeu Tecmo… Mais pour élever le niveau, il aurait sans doute fallu ajouter d’autres pépites du shoot ’em up comme Hana Tāka Daka!?/Long Nosed Goblin (1991), Gate of Thunder ou Rayxanber III (1992) dont la bécane ne manque pas, ou à défaut d’autres RPG ou jeux d’aventure qui n’aurait été disponibles qu’en japonais. Et l’ajout de jeux de combat comme l’excellent portage Street Fighter II’ Champion Edition (1993) aurait nécessité des pads six boutons – encore plus indispensables que sur Mega Drive !

Au fond, cette PC Engine mini est très fidèle à l’originale dans le sens où les amateurs de shoot ’em up et/ou les japanophones sont ceux qui en tireront le plus. À ce sujet, rappelons à toutes fins utiles que la version japonaise de la console bénéficie de Splatterhouse (1990) en version non censurée, mais surtout du RPG mythique Tengai Makyō II – Manji Maru (1992) et du jeu de drague Tokimeki Memorial (1994). Néanmoins, le petit shoot ’em up typé Caravan qui était caché dans ce dernier, Force Gear, est quand même disponible dans la Core Grafx mini en appuyant deux fois sur Select lorsque Salamander (1991), le jeu que nous avons à la place, est choisi. Et en appuyant trois fois, c’est le sympathique Detana!! TwinBee (1992) qui sera lancé. Par ailleurs, en maintenant le bouton avant de lancer les jeux correspondant, on aura droit à des versions améliorées (au niveau du son en particulier) de Fantasy Zone (1988) et Gradius/Nemesis (1991), et la version Caravan de Soldier Blade (1992). Mais hormis les deux jeux exclusifs cités plus haut, la plupart des titres en japonais ne nécessitent heureusement pas de maîtriser la langue, hormis bien entendu Snatcher (1992), gros crève-cœur de la sélection d’autant qu’il avait été traduit sur Mega CD… À défaut de traductions, on aurait aimé de petits guides/FAQ – et les scans des manuels intégrés plutôt qu’accessibles à cette adresse via un QR code. Mais si votre attrait pour le catalogue de la PC Engine motivera l’achat de cette version mini, encore faut-il que l’émulation soit de qualité.

Réalisée par les spécialistes de M2, elle est heureusement satisfaisante et seuls les puristes trouveront à redire. Encore que les avis semblent partagés sur la question, certains la jugeant meilleure que celle de la Mega Drive Mini (dont certains jeux étaient injouables pour une poignée d’intégristes à cause de l’input lag), d’autres du même tonneau avec des petits soucis de décalages de l’audio par-ci par-là… À ce que l’on a compris, les deux jeux où l’input lag est gênant sont PC-Genjin/Bonk’s Adventure (1989) et Bonk’s Revenge (1991), mais a priori ça l’était déjà… sur la console d’origine. Pour un utilisateur lambda (qui aura au moins réglé son téléviseur en mode jeu vidéo), l’expérience sera similaire avec celle que propose la mini machine de SEGA car c’est le même hardware, basé sur un CPU quad core ARM à 1,3 GHz et doté de 256 Mo de RAM DDR3. En revanche, la PCB a été fabriquée par Hori, et la machine dispose de bien plus de ROM que ses rivales, sans doute 4 Go, ce qui est logique vu la présence de jeux CD-ROM même si les pistes sonores sont sans doute compressées. À ce sujet, le son est très bien restitué de même que l’image d’époque, et on oublie vite qu’on ne joue pas sur une vraie PC Engine, même si les croix directionnelles de certaines manettes peuvent se montrer un peu rigides au début. Mais il n’est pas très juste de les comparer avec celles de l’époque, forcément bien usées en trente ans…

En résumé, la PC Engine mini est logiquement mieux conçue que ses rivales sorties avant, et c’est plutôt sur la sélection des jeux, inégale et surtout non entièrement traduite, qu’on craquera ou pas. Mais vu leur nombre, on devrait facilement trouver une vingtaine de très bons jeux (quitte à ce que la majorité relèvent du shoot ’em up), soit autant voire plus que dans la Mini Super NES ! Le souci, c’est que cette dernière coûte trente euros de moins, et offre deux manettes, ici vendues séparément aux alentours de 25 €, sans compter un éventuel Multitap bien entendu… Cela dit, il semble qu’Amazon (qui la distribue en exclusivité pour rappel) ait déjà baissé son tarif sous les cent euros et, pour relativiser, on pourra rappeler que certains jeux inclus comme Dracula X Rondo of Blood (1993) et Ginga Fukei Densetsu Sapphire (1995) coûtent à eux seuls plus que la console – mais cet argument ne convaincra pas forcément les collectionneurs attachés aux éditions d’origine de toute façon. En outre, compte tenu de son espace mémoire, ce sera peut-être une bonne candidate pour ceux qui veulent la hacker, d’autant que cela semble déjà être possible, mais on avoue ne pas avoir suivi le dossier, et on préfère vous laisser faire ce que vous voulez (et l’assumer)… En ce qui nous concerne, on se contenterait d’un patch pour traduire Snatcher.

Un grand merci à tous ceux qui nous soutiennent sur Tipeee.

Liste des jeux en anglais :

  1. Air Zonk (1992)
  2. Alien Crush (1988-1989)
  3. Blazing Lazers (1989)
  4. Bomberman ’93 (1992-1993)
  5. Bonk’s Revenge (1991)
  6. Cadash (1991)
  7. Chew-Man-Fu (1990)
  8. Dungeon Explorer (1989)
  9. J.J. & Jeff (1987-1990)
  10. Lords Of Thunder (1993)
  11. Military Madness/Nectaris (1989-1990)
  12. Moto Roader (1989)
  13. Neutopia (1989-1990)
  14. Neutopia II (1991-1992)
  15. New Adventure Island (1992)
  16. Ninja Spirit (1990)
  17. Parasol Stars (1991)
  18. Power Golf (1989)
  19. Psychosis/Paranoia (1990)
  20. R·Type (1988-1989)
  21. Soldier Blade (1992)
  22. Splatterhouse (1990)
  23. Space Harrier (1988-1990)
  24. Victory Run (1987-1989)
  25. Ys Book I & II (1989-1990)

 
Liste des jeux en japonais :

  1. Dracula X Rondo of Blood (1993)
  2. Aldynes (1991)
  3. Appare! Gateball (1988)
  4. Bomberman ’94 (1993)
  5. Bomberman Panic Bomber (1994)
  6. Chō Aniki (1995)
  7. Daimakaimura/Ghouls’N Ghosts (1990)
  8. Dragon Spirit (1988)
  9. Dungeon Explorer (1989)
  10. Fantasy Zone (1988)
  11. Galaga ’88 (1988)
  12. Genpei Tōma Den (1990)
  13. Ginga Fukei Densetsu Sapphire (1995)
  14. Gradius/Nemesis (1991)
  15. Gradius II – Gofer No Yabō (1992)
  16. Jaseiken Necromancer (1988)
  17. The Kung Fu/China Warrior (1987)
  18. Military Madness/Nectaris (1989)
  19. Neutopia (1989)
  20. Neutopia II (1991)
  21. Ninja Ryūkenden/Ninja Gaiden (1992)
  22. PC-Genjin/Bonk’s Adventure (1989)
  23. Salamander (1991)
  24. Seirei Senshi Spriggan (1991)
  25. Snatcher (1992)
  26. Spriggan Mark 2 (1992)
  27. Star Parodier/Fantasy Star Soldier (1992)
  28. Super Darius (1990)
  29. Super Momotarō Dentetsu II (1991)
  30. Super Star Soldier (1990)
  31. Valkyrie no Densetsu (1990)
  32. Ys I & II (1989)

Merci à Steven Pendleton, ETA PRIME, Gamekult et à Ars Technica.

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