TEST : Beard Blade, le jeu de plateforme au poil

Beard Blade (Windows)BEARD BLADE
Windows
Catégorie : plateforme
Joueurs : 1
Développeur : Glovebox Games
Éditeur : Glovebox Games
Date de sortie : 20/07/2021
Prix : 16,79 €
Site Officiel : http://gloveboxgames.com/

Après Steel Assault, on se penche sur une autre arlésienne, peut-être pas aussi ancienne mais tout de même – sa campagne Kickstarter (ratée cela dit) remonte à plus de cinq ans mine de rien… Et faute d’éditeur un minimum prestigieux, Beard Blade est une nouvelle fois passé injustement inaperçu cet été lors de sa sortie sur Steam. Il faut dire que le jeu du duo Glovebox Games ne fait pas dans le clinquant non plus ; l’écran-titre arrive juste après le logo du studio, et les options se limitent au minimum syndical. Les réglages de son (un peu trop élevés par défaut) ne sont hélas pas mémorisés, et d’autres petits détails font tache comme le curseur de souris qui reste à l’écran ou le fait qu’il faille appuyer sur Back/Share/- pour afficher le menu permettant de quitter le jeu via une manette. Ce n’est qu’une fois la partie lancée qu’on assiste à une cinématique courte mais bien rigolote dans laquelle de vilains monstres kidnappent en pleine nuit les moutons du protagoniste, Branson. L’objectif réel de l’aventure, réunir cinq perles absolument identiques et tristement génériques, n’est pas beaucoup plus épique mais comme on démarre cette odyssée en pyjama, presque à poil, le ton du jeu est évident dès le niveau introductif faisant office de didacticiel.

Et ce dernier permet déjà de comprendre deux autres aspects de Beard Blade. Premièrement, que c’est superbe, et c’est d’autant plus impressionnant que les développeurs ne sont que deux. On a l’impression d’avoir affaire à l’un des plus beaux jeux de la Super Nintendo, finement animé et truffé de détails amusants (des colonnes de barbier en guise de checkpoints), rappelant d’ailleurs fortement une autre série où la pilosité est importante, les Mario & Luigi. On tient aussi à saluer le compositeur Steven Melin (Monster Sanctuary) qui a signé des thèmes vraiment mémorables… Et deuxièmement, s’il se limite à un seul bouton, le didacticiel permet bien sûr de comprendre les actions de base comme ramper, pas si courante dans les jeux de plateforme, ou descendre de certaines plateformes – Tanuki Justice ou Steel Assault ne peuvent pas en dire autant ! Cependant, on ne peut pas sauter bien haut, et ça ne changera pas même si certaines capacités spéciales compenseront un peu cela par la suite. Car dès la fin de ce niveau inaugural, on libère un barbier qui nous récompense par le pouvoir principal du jeu. Cela dit, et c’est sans doute le principal reproche qu’on ferait à Glovebox Games, utiliser sa barbe pour donner des coups ou grimper à des échelles ne constitue pas une grande différence, hormis en termes d’animation bien entendu, avec ce que peuvent déjà faire d’innombrables héros de jeux vidéo imberbes…

Niveau de nuit où l'on chevauche une créature
Ce stage nocturne est plutôt facile et relaxant

En revanche, on ne s’en n’était pas rendu compte dès le début mais la barbe de Branson lui permet aussi d’amortir sa chute en planant façon Tails, sachant que cette hélico-barbe permet aussi d’actionner certains mécanismes… Et surtout, on débloquera d’autres pouvoirs au fur et à mesure, même s’il ne s’agit pas d’un Metroidvania comme le hub à la Super Mario Bros. 3 (1988) le met en exergue. Néanmoins, il faudra bien revisiter les niveaux plusieurs fois, déjà parce qu’ils contiennent des blocs soleil et lune qui sont ouverts selon l’heure du jour sachant que l’on passe du jour à la nuit et inversement entre chaque niveau (ou, plus rapidement, en passant chez le barbier). Dans les faits, l’embranchement se fait souvent dès le début et les deux chemins ne se recroisent jamais ; cela pourrait donc être deux stages différents, le but étant surtout que le joueur n’aie pas besoin de faire les deux déclinaisons pour passer à la suite. Car elles sont souvent très différentes, y compris en termes de difficulté. On pourra par exemple avoir, de jour, une épreuve de plateforme bien relevée sur des ballons aux apparitions semi-aléatoires et aux collisions vachardes mais, de nuit, une séquence bien plus relaxante à dos de créature façon Donkey Kong Country (1994). Même le dernier niveau, identique jour et nuit, propose trois chemins possibles pour sa première partie (et on vous déconseille le premier, bien plus difficile).

D’ailleurs, comme dans beaucoup de classiques de Nintendo, il y aura des choses à collecter dans chaque déclinaison de niveau : trois jetons, la carte de profil d’un ennemi et un coffre qui contient soit une musique (de jour), soit un trésor (de nuit), ce dernier relevant purement de la collection (hormis des descriptifs parfois amusants). C’est en appuyant sur le bouton du haut, depuis le hub uniquement, que l’on pourra consulter le bestiaire et les trésors dénichés à l’aide des gâchettes de la manette. Et comme vous pouvez vous en doutez, il est bien rapidement difficile de tout ramasser du premier coup, même en se creusant les méninges, et c’est là qu’intervient le barbier qui ouvre une échoppe dans chaque zone du jeu. Outre des améliorations de santé et d’attaque dont le prix augmente à chaque itération, on pourra y dépenser l’argent ramassé pour acquérir des pouvoirs – pensez bien à scroller car il y en a plus de trois ! Permettant par exemple d’attaquer ou de respirer plus longtemps sous l’eau, d’attirer les pièces ou de lancer des projectiles, ils demeurent cependant tous facultatifs pour terminer l’aventure, mais la facilitent indéniablement (en particulier l’attaque au sol contre certains ennemis) et plusieurs d’entre eux sont même indispensables pour récupérer certains trésors, parfois seulement un ou deux d’ailleurs…

Le tout premier boss de l'aventure
Le tout premier boss de l’aventure demande déjà un peu d’apprentissage…

Au final, un seul pouvoir est obligatoire, permettant de s’accrocher avec sa barbe à des barres de fer horizontales pour se propulser vers le haut. Il est du coup « gratuit » et se déniche assez rapidement, peu avant le tout premier boss ci-dessus. Celui-ci n’est pas bien difficile une fois que l’on a mémorisé ses patterns d’attaque, et ce sera vrai pour la plupart des affrontements – en particulier le tout dernier, peu résistant mais qu’on ne peut toucher qu’en de très rares occasions… Ce sera donc facile si l’on possède plein de cœurs et ça tombe bien car, outre ceux que l’on peut acheter chez le barbier, chaque boss permet d’en ajouter un à sa jauge une fois vaincu (en plus d’offrir sa carte). Par ailleurs, de manière nettement plus inattendue, chaque niveau « normal » se conclue par un gnome à poursuivre façon Golden Axe (1989) pour lui taxer quelques pièces mais surtout libérer un de vos moutons – qui sont d’ailleurs vachement plus nombreux qu’ils n’en avaient l’air dans l’intro ! Cela dit, si ce court cache-cache présente quelques variantes, il finit par lasser et donne l’impression de rallonger (un peu) des niveaux qui sont, dans l’ensemble, assez courts et pas très nombreux (une vingtaine). Heureusement, ils se révèlent extrêmement variés, entre un stage en mode 8-bit ou un boss (assez facile) se déroulant sous forme de course.

Et si les premiers niveaux donneront vraiment l’impression d’une balade de santé (d’autant que les objets à collecter y sont aussi plus accessibles), cela se complique assez rapidement puisque les chutes et certains contacts s’avèrent fatals quel que soit le nombre de cœurs d’énergie en votre possession… Ce sont donc plutôt les phases de plateforme qui poseront difficulté, les ennemis étant assez inoffensifs quoique parfois plus dangereux qu’il n’y paraît du fait de leurs mouvements imprévisibles, comme les petits slimes. Ce sont surtout les horribles requins armés de pistolets aux munitions à têtes chercheuses (!), bien plus tard dans l’aventure, qui vous causeront des crises de nerfs. Mais bien que les ennemis redonnent rarement de l’énergie, les checkpoints restent assez nombreux dans des niveaux encore une fois plutôt courts. Chose rare pour être également soulignée, les quelques passages aquatiques ne sont pas cauchemardesques, bien que l’oxygène soit limité et qu’on ne puisse pas attaquer à moins d’avoir acquis le pouvoir correspondant. Il faut dire que Branson nage bien et vite, sans avoir besoin de matraquer un bouton… Il faudra plutôt se déplacer doucement pour ne pas percuter ces oursins un peu trop discrets dans le décor.

Un niveau aquatique, avec jauge d'oxygène au-dessus du protagoniste
Malgré la jauge d’oxygène qui se vide, les niveaux aquatiques ne sont pas traumatisants, une fois n’est pas coutume…

En outre, comme dans Donkey Kong Country (1994) mais aussi dans pas mal de jeux néorétro ces derniers temps, l’argent ramassé et les objets collectés le restent en cas de game over. Et comme les pièces réapparaissent, les morts à répétition auront le mérite de vous permettre de farmer or, si votre premier passage (tardif) chez le barbier vous donnera l’impression d’être riche, vous allez vite vous rendre compte que l’argent s’engrange doucement… Quant aux jetons et trésors, eux sont conservés et on pourra donc se jeter dans le vide pour ramasser un objet difficile d’accès, surtout près d’un checkpoint. Et au fond, après un Cyber Shadow  ou un Steel Assault entre autres, c’est assez rafraichissant de parcourir un jeu de plateforme à l’ancienne qui ne soit pas impitoyable ! Néanmoins, si le level design paraît trop scolaire au début, la force de Beard Blade, et son challenge, résident surtout dans le fait d’introduire de nouvelles mécaniques à chaque déclinaison de niveau ou presque. On mentirait en prétendant qu’on ne les a jamais vues dans aucun autre jeu, mais il faut avouer que toutes sont (assez) bien appliquées, et que le jeu sait même, dans la quatrième zone principale, le fief du fantôme Michi, dynamiter sa progression et augmenter avec sa difficulté… C’est peut-être aussi là qu’on trouve les niveaux les plus originaux, même si certains tournent autour de concepts parfois improbables ou moins intuitifs.

Au final, à défaut d’apporter quelque chose de neuf avec son gimmick de barbe comme on le reconnaissait plus haut, Beard Blade peut être vu comme une sort de best of de trente ans de jeux de plateforme. Plutôt que de tout miser sur une mécanique originale mais courant le risque de lasser voire d’être bancale, il préfère accumuler les bonnes idées empruntées aux ténors du genre, même si certaines paraissent du coup exploitées un peu rapidement. C’est précisément parce qu’il est réussi qu’on regrette que le jeu de Glovebox Games n’offre pas plus de niveaux ou qu’ils ne soient pas un peu plus longs… La durée de vie est certes un peu gonflée par la quête de tous les trésors, mais comme certains d’entre eux nécessitent des pouvoirs particuliers (notamment celui permettant de lancer un projectile, avec la gâchette de droite), il faudra sans doute refaire certains niveaux un paquet de fois juste pour farmer l’argent. Surtout si, comme moi, vous n’aviez pas vu le bas de la liste et que vous en aviez dépensé un peu trop dans l’amélioration de l’attaque dont l’effet n’est pas bien flagrant pour être honnête… Au bout du compte, j’y ai passé près d’une demi-douzaine d’heures, même en ayant refait pas mal de niveaux pour dénicher tous les trésors. Il m’en manque encore deux (ainsi que deux pouvoirs) ;  je sais où ils sont mais je ne comprends pas comment les ramasser, hélas. On espère du coup que certains aspects, comme les petits détails évoqués dans le premier paragraphe, soient corrigés d’ici d’éventuels portages sur consoles.

Verdict : Si sa barbe n’apporte rien de nouveau, Beard Blade est un concentré du meilleur des classiques de la plateforme, accessible et bénéficiant d’une réalisation irréprochable.

100 hbpm

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