TEST : Infernax, la vengeance des suites maudites de la NES

Illustration d'Infernax (Windows, Xbox, PlayStation 4, Switch)

INFERNAX
Windows, Xbox, PlayStation 4, Switch
Catégorie :
action-RPG
Joueurs : 1
Développeur : Berzerk Studio
Éditeur : The Arcade Crew
Date de sortie : 14/02/2022
Prix : 19,99 €
Site Officiel : https://www.infernax.com/
(testé sur Switch)

« Steak caché ! »

Mais oui, vous la connaissez cette blague, je la faisais déjà en 1991 je suis sûr : « Une salade, un steak haché et une endive se baladent. L’endive et la salade se retrouvent seules, apeurées sur une grande table. Soudain le steak reparaît, les fait sursauter puis les trois ami·e·s repartent en riant. Vous savez comment le steak les a surprises ? Il s’tait caché. » Ne me dites pas que vous n’avez pas ri, car je vous croirais trop facilement.

Guillaume, notre rédac-chef de l’infini, lit ça et se demande vraiment ce qu’il fout là ? Qu’a-t-il fait dans une précédente existence pour devoir s’infliger une chose pareille ? (NdR : il confirme)

Pippeau, votre rédacteur pas bien fini, pense justement à Guillaume. Va-t-il lui infliger une énième intro « gnagnagna vous nous cassez les gonades avec les metroidgnagna gnagnagna c’est très bien mais y a zéro nouveauté » ? Ben dans les faits, s’il faisait ça, et quoi que vous ayez pu lire par ailleurs, ça serait franchement mensonger. Mais bon à l’heure où on trouve des armes de destruction massive dans des pays sans moyen ou des nazis dans des gouvernements élus démocratiquement, la vérité, hein…

Eh bien pourtant en voilà une toute crue : Infernax n’est pas le jeu d’action/plateforme à progression non nécessairement linéaire que vous croyez.

Infernax (Windows, Xbox, PlayStation 4, Switch)
Au premier abord, un action-RPG au look NES tout ce qu’il y a de plus classique…

« I have a pen, I have an apple – apple-pen! »

De l’aveu même des développeurs québécois (ça n’excuse quand même pas la VF truffée de fautes ainsi que l’absence du jeu en français québécois), Infernax est le penpineappleapplepen de deux numéros deux, The Adventure of Link (1987) et Castlevania II: Simon’s Quest (1988), deux ovnis dans leurs séries respectives mais plus largement dans le paysage ludique aussi bien de leur époque qu’aujourd’hui. En effet, depuis cette dernière, finalement, il est vraiment très rare qu’un numéro 2 soit radicalement différent du précédent. Dans ce temps-là, et même si Ultima en était déjà à quelques itérations, les suites tentaient des trucs : Zelda 2 dotait Link d’un saut, de deux modes de jeu, d’un système de combat riche mais compliqué et les enfants de France de soluces trouvées avec les moyens de l’époque ; Castlevania 2 dotait Simon Belmont de plein d’objets différents, d’une progression non nécessairement linéaire hors des « châteaux », d’une prudence de tous les instants et tous les enfants de France de soluces trouvées avec les moyens de l’époque. Le changement a été si radical que les épisodes 3 de chacune des séries était finalement un épisode 1 préparé avec la même minutie qu’une vache pour le salon de l’agriculture. Mais pour le jeu dont on parle ici, qu’est-ce que ça implique ? Qu’il est abscons ? Qu’il est trop dur ? Qu’il divisera les joueurs du fioutcheure à son sujet ? Difficile de trancher pour la dernière question mais pour les deux autres, c’est un grand non.

Par certains côtés, Infernax est un Ninja Gaiden plus qu’un Castlevania, par l’accent mis sur l’action et l’on comprend vite que dans le monde maléfique où nous évoluons, il va falloir frapper et sauter avec une certaine maestria pour espérer avancer dans tous les cas. Pour autant, cette maestria n’exclut pas d’emblée les joueurs peu patients ou qui aiment jouer sans que chaque partie ne soit qu’un florilège de renoncements à la détente par un trop-plein de décès (ultra violent, le jeu vous prévient dès le début que c’est pour un public averti). En effet, de très nombreuses options d’accessibilité sont présentes, sous forme plus ou moins claire : à la difficulté qui vous fait perdre votre XP (qui se claque au point de sauvegarde, comme un vulgaire feu de camps de Dark Souls) vous pouvez substituer une version allégée sans perte de vos acquis, puis à l’aide d’un « Game Genie » interne, vous pourrez débloquer des options visant surtout à rendre le jeu exactement comme bon vous semble question challenge. Ce qui est une énorme preuve de modernité dans cet univers dark et gritty, très western spaghetti crépusculaire. Au passage, il faudra se faire à un saut gigantesque assez étonnant qui désarçonne au premier contact, et surtout à des phases de plateforme qui vous font jouer non pas dans les temps, mais dans les contretemps. Par conséquent les phases de plateforme sont largement plus des exercices d’anticipation que des exercices de réflexe. Comme le premier Castlevania, donc. Ils se moqueraient pas un peu de nous les développeurs québécois dans les références ?

Premier boss d'Infernax
Le jeu est gore et le design des monstres bien cradingue

Mais in fine, entre vos pouces, ce que Infernax vous dit, malgré sa darkerie – le jeu vous le rappelle à chaque seconde, c’est tellement énorme que c’est bien entendu parodique – c’est que vous êtes libre de le parcourir comme bon vous semble si vous voulez percer les secrets de son monde et de son scénario.

Brain Dead

« Attends, quoi, un scénario ? Mais on a parlé de Ninja Guedin, de ChateauVania, j’ai loupé un truc ? » Non, très estimé·e lect·eur·ice, t’as rien loupé. Il y a un scénario dans Infernax avec des choix moraux. Comme dans Fable II, comme dans Mass Effect, comme dans Ultima IV (1985). Alors je vous rassure de suite, c’est pas aussi poussé qu’Ultima mais il faut avouer que pour un jeu de plateforme-action dark, c’est assez inattendu. Dès les trente premières secondes, un choix vous est offert d’abréger les souffrances d’une personne possédée ou non. Et ce genre de choix revient une petite quinzaine de fois dans le jeu. Légers spoilers, les choix les plus drastiques sont le plus souvent assez compliqués à obtenir. En effet, même s’il est toujours évident de savoir quelle option est celle de l’homme de vertu et quelle option est celle du démon dark, les intrications du scénario qui passent par des quêtes annexes constituent parfois des moments assez abscons. En plus, re-légers spoilers, il n’y a pas de situation nuancée, soit vous êtes un saint, soit un démon, l’entre-deux conduisant à une fin bof bof qui vous fait regretter les choix faits. Bref, c’est un assemblage un peu à la va comme je te pousse qui peut justifier de refaire trois, quatre fois le jeu (comme votre serviteur – avec un durée de vie de moins de cinq heures très agréables à parcourir, pourquoi se priver ?), mais une fois qu’on a épuisé les possibilités scénaristiques, tout ça aura paru un peu artificiel. Enfin sauf le mode supplémentaire.

Last Action Hero

Le Magazine de MO5.COM se veut résolument néorétro et résolument pour un public relativement averti sur l’histoire de la chose vidéoludique. Aussi nous aimons nous gausser de références à notre propre média. Et donc on est toujours content quand un jeu qui se vaut être un héritier de la NES nous permet de faire un Konami Code. Souvent, c’est pour le fun ou pour quelque chose d’absolument pas important mais ici, ça change totalement le jeu. Pour éviter de trop spoiler, disons que Infernax devient un Contravania. Ce qui rend le jeu d’un côté encore plus simple – les boss prennent littéralement dix secondes à mourir dans ce mode – au niveau de la progression ludique, mais effroyablement difficile d’un point de vue scénaristique car votre méthode pour vous débarrasser des ennemis  peut très vite avoir des conséquences fâcheuses. De là à y voir une très légère réflexion sur l’utilisation des armes à feu, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Un village de sauvé, mais au prix d'un massacre visiblement
Un village de sauvé, mais au prix d’un massacre visiblement…

Ce mode illustre bien le paradoxe et la réussite à la fois de cet étrange objet qu’est Infernax. Très référencé (un passage est littéralement une décalque du fameux « passage de la tornade » de Castlevania II) mais moins subtil que son compatriote The Messenger, proposant des passages plateformes volontiers difficiles et des boss avec des schémas d’attaque d’une pauvreté effarante (la grosse déception du jeu à n’en pas douter), jouant à fond sur le dark tout en permettant de jouer en toute décontraction grâce à ces options d’accessibilité, Infernax a été plaisant à jouer mais frustrant à chroniquer. Trop de choses ? Pas assez de traits uniques et saillants ? Pourtant, j’ai fait toutes les fins, j’ai même tenté un run 100% et quelque chose me manque. Est-ce que finalement, le fait qu’il soit trop Castlevania II et pas assez Symphony of the Night me chiffonne ? Et si tout simplement, comme les jeux dont il s’inspire, il était trop détonnant ? Sur ce dernier point, je ne crois pas ; il est bien le fruit de son temps et pas si rugueux qu’il ne le donne à penser. Il tente des choses, bonnes manettes en main, plus laborieuses dans la progression scénaristique, comme si pour bien illustrer son côté dark, il était un pistolero ultime qui ne veut pas s’engager ni pour le bien, ni pour le mal… Un Keoma inabouti.

Verdict : Sous des dehors dark, Infernax est incroyablement agréable à jouer, riche, canonique sur le pixel mais qui voulant trop en faire sur son scénario nous égare dans sa progression.

90 hbpm

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