L’Espagne reconnaît le jeu vidéo comme patrimoine culturel mais…

Peut-être avez-vous entendu parler, via les réseaux sociaux, d’une grande nouvelle pour le jeu vidéo en Espagne la semaine dernière, à savoir sa reconnaissance comme création culturelle. On ne peut évidemment que s’en réjouir, en particulier dans notre association qui vise à préserver ce patrimoine, mais il nous semble cela dit important d’expliquer les tenants et aboutissants de cet évènement. Et surtout de ne pas tomber dans l’autoflagellation puisque, une fois n’est pas coutume, la France n’a pas à suivre l’exemple de l’Espagne dans ce cas précis… Si l’on s’en réfère au communiqué du journal officiel local, il s’agit en fait d’une modification de la loi 23/2011 sur le dépôt légal, qui avait déjà été étendue aux contenus numériques et même en ligne quatre ans plus tard. Publié le 4 mai dernier, la loi 8/2022 consiste donc à élargir encore ce champ, en ajoutant par exemple les documents imprimés à la demande, qui par nature ont tendance à passer entre les mailles du filet, mais aussi les jeux vidéo. Le bulletin indique toutefois que ces derniers étaient en fait déjà inclus avec les œuvres audiovisuelles, mais qu’ils n’étaient pas déposés dans des quantités correspondant au marché réel, et c’est pourquoi il a été jugé nécessaire de les identifier spécifiquement.

Donc oui, d’une certaine manière, le jeu vidéo sera désormais reconnu officiellement comme une création culturelle aux même titres que les livres et les films, entre autres. Mais concrètement, l’objectif de cette loi 8/2022 est avant tout de formaliser le devoir des éditeurs de fournir à la Bibliothèque Nationale d’Espagne des exemplaires de leurs jeux, autrement dit comme c’est le cas en France avec la Bibliothèque nationale de France depuis… 1992. Ce qui ne signifie pas, hélas, que tous les éditeurs se conforment à cette loi. Ce n’est donc pas tant une avancée qu’un rattrapage, et on espère surtout que la BNE va également se lancer, si ce n’est d’ailleurs déjà fait, dans l’acquisition rétroactive de jeux vidéo espagnols dans la mesure où le pays a connu des studios mythiques comme Dinamic Software (Abu Simbel Profanation, Risky Woods) – dont on vient d’apprendre à l’instant qu’il fera l’objet d’une série TV ! – et Opera Soft (La Abadía del Crimen) sur micros ou Gaelco en arcade. Et il est d’ailleurs bien dommage que le dépôt légal se limite aux œuvres commerciales (au sens propre), tant la scène homebrew est justement dynamique en Espagne.

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