TEST : Hyperkin RetroN 3

Hyperkin RetroN 3

Avant-propos du rédac’ chef (G. Verdin) : Alors que la RetroN 5, après plusieurs reports, devrait sortir aujourd’hui au tarif de $140, notre président Philippe Dubois m’a envoyé il y a quelques jours le test de son prédécesseur (le modèle 4 ayant été remplacé par le 5 juste après son annonce). Une belle coïncidence, donc, et l’occasion d’en apprendre plus sur une machine qui fait fantasmer les retrogamers (réunir plusieurs consoles dans un unique boîtier) mais qui, dans les faits, est loin d’être totalement à la hauteur de ses promesses… Cet article permet aussi de comparer avec le nouveau modèle qui, si l’on en croit cette vidéo d’IGN, a fait de gros progrès concernant l’affichage (cette fois en 720p via HDMI). Mais la manette laisse toujours à désirer…


Vous ne le saviez peut-être pas, mais il existe sur le marché des consoles récentes ou du moins récemment produites qui sont compatibles avec nos vénérables consoles historiques 8 ou 16 bits. Et c’est le cas de la célèbre Hyperkin RetroN 3, qui non seulement permet de rejouer aux véritables cartouches de jeux des consoles NES, Mega Drive et Super Nintendo, mais également se vante de pouvoir vous permettre de jouer avec les véritables manettes de ces consoles ! Un tour de force à signaler car ce n’est pas forcément très simple, ces trois consoles étant bien sûr différentes et n’utilisant pas du tout les mêmes composants ni les mêmes manettes.

La RetroN 3 est livrée dans un beau packaging qui vante bien entendu la triple compatibilité de la machine, et avec deux manettes sans fil qui permettent de jouer aux trois consoles émulées. Par contre, la technologie utilisée pour ces manettes est infrarouge au lieu d’être par exemple par ondes radio ou bluetooth. Du coup, deux problèmes majeurs apparaissent immédiatement dès les premières minutes d’usage : il faut à la fois faire attention à la distance entre la manette et la console – disons environ deux mètres maximum et sans obstacles – et surtout à l’inclinaison de cette même manette, sans quoi les signaux infrarouges sont simplement perdus, et les contrôles ne répondent plus.

L'une des deux manettes sans fil livrées avec la console

L’une des deux manettes sans fil livrées avec la console

De même, la qualité intrinsèque de la manette laisse vraiment à désirer : les boutons comme le pad directionnel sont vraiment trop hauts, saillants, et flottent très désagréablement lorsque l’on s’en sert. Les sensations ne sont pas bonnes et ne correspondent à aucune des manettes des trois systèmes suscités. Seul l’agencement de la manette fait penser à un mélange assez étrange entre une manette Sega Mega Drive 2 (NdR : six boutons) et Sega Saturn.

Les correspondances des boutons sont indiquées au dos de la manette...

Les correspondances des boutons sont indiquées au dos de la manette…

Derrière la manette, le constructeur affiche du coup la correspondance entre les boutons de la manette et ceux de la manette de la console émulée. Mais tous ces problèmes (connectivité, fonctionnalités) sont tellement rapidement contraignants que déjà, à ce stade, nous pouvons dire qu’il vaut bien mieux s’en passer pour définitivement utiliser les manettes des consoles historiques. Du coup, si celles-ci ne servent à rien, autant vendre la console sans, mais bon…

Mais testons enfin la chose ; pour l’occasion, j’ai sorti comme le montre la première photo des jeux Mega Drive originaux (japonais qui plus est !) ainsi donc qu’une manette de Mega Drive pour me passer des ***** en plastique fournies avec. Je branche tout d’abord la console en sortie composite pour faire un test. Au passage, les ports cartouches possèdent bien des trappes – que l’on va qualifier « d’anti-poussières » – relativement inutiles vu l’interstice de toute façon entre les deux lames et qui surtout, comme sur beaucoup de systèmes de basse qualité, bloquent la cartouche une fois sur deux lorsque l’on essaie de la retirer pourtant consciencieusement. De plus, les boutons d’allumage (On/Off) et surtout celui de sélection de la console à émuler semblent terriblement fragiles. Passons…

Saint Sword (Mega Drive) : l'image est floue...

Saint Sword (Mega Drive) : l’image est floue… (cliquer pour agrandir)

J’allume donc la console et lance un jeu Mega Drive. L’image en composite est floue ; je ne m’attendais pas à des miracles bien sûr, mais je relève ici tout de même que l’image est très floue, beaucoup plus que sur une vraie console  – prenons au hasard une magnifique PC Engine CoreGrafX – native elle aussi en composite, et qui pourtant affiche une bien meilleure image. C’est supportable sur un petit écran je pense, mais définitivement cette sortie vidéo composite est vraiment pas terrible.

Double Dragon (Mega Drive) (cliquer pour agrandir)

Double Dragon (Mega Drive)

Au bout de quelques minutes de jeu sur Saint Sword ou Double Dragon, je m’aperçois tout de même d’une première qualité de la console : l’émulation est certainement hardware et très fidèle à l’original (NdR : la rumeur veut plutôt que cela soit de l’émulation software sous Android). Sur Mega Drive, si les animations suivent ainsi que les sprites animés, le son est en revanche souvent exécrable comme sur les consoles portables Mega Drive H&B par exemple. Ici, tout semble correct et très fidèle à l’original. Un très bon point pour la console, donc.

Mais j’ai bien du mal à ne pas saigner des yeux à cause de cette sortie vidéo composite pas terrible, et comme la console est nativement pourvue d’une sortie vidéo S-Video, je me dis que du coup l’expérience de jeu va être cette fois-ci très bonne. Je prends donc le câble S-Video fourni lui aussi avec la machine – autre bon point – et je teste. Et je vomis. L’image est à ce point immonde que même la sortie composite est un hommage aux plus beaux pixels à côté. Les couleurs font simplement n’importe quoi et s’entremêlent de manière dégueulasse sur l’écran.

L'écran-titre de Saint Sword en S-Vidéo (cliquer pour agrandir)
L'intro de Saint Sword en S-Vidéo (cliquer pour agrandir)

Je précise ici que le test est réalisé sur une télévision moderne LCD ; OK, ce n’est pas bien. Mais celle-ci fonctionne parfaitement avec ma Saturn japonaise toujours en S-Video par exemple, alors je doute que ma télévision soit en cause. J’ai même essayé un autre câble S-Video pour être sûr : même résultat. Et puis, mince, c’est une console moderne après tout, censée fonctionner sur une télévision moderne (d’où la prise HDMI de la version 5 à venir) ! Histoire d’enfoncer le clou je me dis que, peut-être, l’émulation Mega Drive ne sort pas correctement elle-même en S-Video ? J’essaie alors une cartouche NES et cette fois-ci.. suspense… rien. Écran noir ! La console NES émulée ne sort elle qu’en composite obligatoirement. Il faudrait donc avoir les deux sorties branchées en continu pour avoir le meilleur des multiples machines, sans compter la sortie S-Video de toute façon inutilisable ? Soyons sérieux, c’est catastrophique.

Il est temps du coup d’aller voir les entrailles de la bête et découvrir ce qu’elle cache. Je démonte donc le mauvais boitier plastique, bien cheap. La carte mère occupe toute la longueur de la console et de multiples puces sont présentes ; on peut supposer certaines dédiées à l’émulation d’une console particulière par rapport à d’autres. Les manettes Mega Drive, elles, sont connectées via une carte fille à la carte mère pour le déport des prises manettes.

La carte-mère (cliquer pour agrandir)  Détail de la carte-mère (cliquer pour agrandir)

Au niveau des finitions internes, ce n’est pas la fête – comme à l’extérieur, remarquez – avec des fils de colle qui pendent un peu partout, et surtout à cause de ce très mauvais système de refroidissement passif du régulateur de tension (9 volts vers 5 volts) qui par expérience ne durera pas longtemps, celui-ci flottant négligemment au dessus d’autres composants et tremblant dès que l’on touche la console. Bref, c’est plutôt mauvais et j’avais déjà un a priori négatif lorsque, jouant avec la console depuis quelques minutes, j’avais remarqué que de celle-ci se dégageait une assez désagréable odeur de brûlé (!), sans nul doute due aux nombreuses traces de colle à l’intérieur de la machine et sur le radiateur. Beurk !

Carte-fille pour les manettes Mega Drive (cliquer pour agrandir) Le régulateur de tension (cliquer pour agrandir)

En conclusion, que pourrais-je bien ajouter ? Que cette console est simplement de la ***** ! Et je me demande bien comment la RetroN 5 annoncée il y a peu va pouvoir gommer tous ces défauts ! C’est en tout cas un produit que je ne conseillerais pas. Il vaut bien mieux avoir les trois machines historiques, point barre, comme tout bon collectionneur vous le dirait au final…

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  • sseb22

    J’ai hâte de voir le test de la RetroN 5 car c’est celle que j’attends 😮
    Par contre, 140$, la vache, ils ont sacrément augmenté les prix depuis l’annonce !

  • j’avais déjà peur de la qualité de cette console avant de lire cet article mais alors maintenant je suis vacciné!

  • Etron3

    Je confirme, une bien belle bouse. Je l’ai depuis plus d’un ans et je l’avait acheté d’après quelques bons retour sur des forums de retrogaming (le comble). Hormis la NES qui passe pas mal (et encore, moins bien qu’une NES modifié) tout est à jeter.

    Donc, pour le moment, rien ne vaux les machines originale et le clone ultime n’est pas encore sortie (et ça aussi, dans un sens, c’est un comble).

  • Alex

    Ce n’est *pas* de l’émulation !