L’agence de notation de jeux vidéo WataGames attaquée en justice

Eric Naierman
Un dentiste devenu du jour au lendemain l’un des plus grands collectionneurs au monde pour les besoins du « storytelling »…

C’était le « feuilleton » qui a largement animé le monde du retrogaming l’année dernière en pleine pandémie : la bulle spéculative qui a vu des classiques pourtant communs battre chaque mois de nouveaux records de prix de vente… On avait publié début octobre un édito, largement basé sur l’enquête du journaliste Karl Jobst, pour expliquer comment l’agence de notation WataGames était au cœur de cette escroquerie. Pour résumer, elle est accusée d’avoir artificiellement gonflé les notes des jeux pour toucher des commissions plus importantes lors des ventes, souvent réalisées par Heritage Auctions avec qui elle entretient de nombreuses relations, mais sans l’admettre. Cela a évidemment un entraîné un cercle vicieux (mais vertueux de leur point de vue), et les prix ont continué d’exploser… Du moins jusqu’à un certain point. Car si l’on entendait nettement moins parler d’eux depuis quelques mois, ce n’est pas uniquement parce que des voix se sont élevées pour les dénoncer ! Premièrement, l’agence a fini par cédé à la demande de fournir des rapports d’abondance, c’est-à-dire une estimation du nombre de jeux scellés et dans un excellent état qui traîneraient encore dans la nature, en se basant sur ceux qu’ils ont déjà notés. Or on y voit par exemple pas loin de trois cents exemplaires de Super Mario Bros. 3 (1988), qui a pourtant atteint des montants astronomiques… Et l’on a d’ailleurs vu depuis nettement moins de records en la matière.

Mais surtout, deuxièmement, WataGames a été victime de son succès, recevant de plus en plus de demandes de notations au point d’être noyée dessous, mais continuant d’en accepter de nouvelles comme si de rien n’était. Certains vendeurs ont ainsi dû attendre plusieurs mois pour récupérer leurs jeux notés, et l’un d’eux affirmerait même l’avoir reçu un an et demi plus tard ! Et c’est sans doute cela, couplé au manque de transparence de l’agence, qui a motivé une action collective en justice déposée la semaine dernière au tribunal central de Californie, comme l’a dévoilé le podcasteur Pat Contri sur Twitter. Cela étant, il n’est pas du tout certain que cela aboutisse mais, quoi qu’il en soit, cela ne fera qu’accélérer le dégonflement de la bulle… En revanche, cela ne devrait hélas rien changer au fait que les prix des jeux et consoles rétro ont largement gonflé ces dernières années, sans atteindre ces records délirants à six chiffres, certes, mais suffisamment pour décourager les retrogamers et petits collectionneurs qui souhaitent juste rester dans la légalité.

Sources : Nintendo Life & Kotaku

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