TEST : Technobabylon

Technobabylon (Windows)TECHNOBABYLON – Windows
Catégorie : point & click
Joueurs : 1
Développeur : James Dearden (Technocrat)
Éditeur : Wadjet Eye Games
Date de sortie : 21/05/2015
Prix : 13,49 € (GoG) / 14,99 € (Steam)
Site Officiel : [Technobabylon]

La genèse de Technobabylon remonte à 2010, sous la forme d’un freeware réalisé à l’aide d’Adventure Game Studio et diffusé en trois parties. Or Wadjet Eye Games s’est imposé ces dernières années comme l’éditeur de référence pour les point & click conçus avec ce moteur et ce, aussi bien pour ceux qu’ils développent en interne (la série Blackwell) que ceux d’autres auteurs, comme A Golden Wake. Il a donc décidé de donner une nouvelle vie au jeu de James Dearden, en faisant notamment appel à leur collaborateur habituel Ben Chandler pour les graphismes – même si Dearden a réalisé lui-même les modèles 3D apparaissant dans les décors. Ayant été agréablement surpris il y a plus de deux ans par Resonance, qui fait lui aussi partie de cette nouvelle génération de point & click parvenus à s’affranchir de l’héritage parfois pesant de LucasArts et Sierra, je me suis dit qu’il était donc plus que grand temps de tester un autre représentant du genre. Conforté par les louanges de la presse, j’ai jeté mon dévolu sur le jeu de Technocrat Games ; et le moins que l’on puisse dire, c’est que grand bien m’en a pris !

Dès le démarrage du jeu, deux choses frappent. La première est la résolution très basse, habituelle pour les titres conçus via Adventure Game Studio et qui pique toujours les yeux au début… Mais la seconde est la musique envoûtante de Nathan Allen Pinard, hélas non incluse en bonus. À vrai dire, ses envolées lyriques sont parfois excessives comme lors de la séquence du laboratoire où elles empêchent un peu de se concentrer sur les dialogues. À ce sujet, le jeu est hélas une nouvelle fois tout en anglais, et c’est assez dommage compte tenu de la qualité de l’ambiance sonore et du travail accompli sur les doublages, toujours sous-titrés (mais aussi en anglais), d’autant qu’ils accompagnent parfois des descriptions en plus de l’intégralité des dialogues. Le scénario est en plus très bien écrit et surtout formidablement bien interprété, se permettant même l’introduction de personnalités (réelles ou virtuelles) assez délirantes et savoureuses… L’intrigue joue la carte de la déconstruction, mais cela reste à la fois riche et facile à suivre,  et le jeu ménage aussi quelques twists sympas sans tomber dans le rocambolesque.

La Transe est l'occasion de scènes surréalistes

La Transe est l’occasion de scènes surréalistes, comme ce simulateur d’apocalypse nucléaire en réalité virtuelle…

Le récit démarre par un prologue énigmatique, puis nous jette directement dans le bain avec un premier protagoniste, Latha Sesame, enfermée dans son appartement. Cette entrée en matière peut s’avérer frustrante mais cela force le joueur à se familiariser avec le concept de la Transe, un monde virtuel qui permet d’interagir avec d’autres personnes… mais aussi avec différents systèmes électroniques ! Tout appareil doté d’une IA de base sera ainsi représenté par un avatar bien débile comme la mémorable Cheffie the Chef. Néanmoins, je dois bien avouer être resté bloqué plus que de mesure dans cette petite pièce, et c’est d’autant plus vache qu’il faut ensuite pas mal de temps pour se voir confronté à une nouvelle énigme. De plus, les deux autres protagonistes, « Charlie » Regis et Max Lao, n’auront jamais recours à la Transe même s’ils auront droit, rassurez-vous, à d’autres expériences tout aussi originales et amusantes. Si la comparaison avec Blade Runner est souvent galvaudée, le jeu baigne dans un univers cyberpunk à la William Gibson extrêmement fouillé, parfois sombre mais aussi truffé d’humour.

C’est quand même moins glamour que le film de Ridley Scott, avec une Latha au chômage et addict à la Transe, et en plus menacée d’une expulsion de son logement social si l’on en croit un mail qu’elle vient de recevoir du « Pôle Emploi » de 2087… Regis est nettement moins original, puisqu’on a droit au vieux bougon à la Harrison Ford qui a bien entendu beaucoup de mal avec la technologie et la surveillance généralisée, histoire que le joueur de 2015 trouve plus facilement un personnage auquel s’identifier. Alors qu’on parle quand même d’un généticien né en 2038, pour qui les casques de réalité virtuelle doivent être l’équivalent de l’Odyssey pour nous… Et puis bien entendu, sa femme est morte tragiquement même si cet élément est vraiment développé dans l’intrigue. Si d’autres personnages peuvent être joués de manière ponctuelle pour des cinématiques interactives, Max Lao est donc le troisième vrai protagoniste, un peu moins utilisé mais qui témoigne d’un réel effort de représenter la « diversité » dans un jeu vidéo. Toutefois, cela n’empêche pas quelques stéréotypes de subsister comme le méchant industriel chinois…

Le jeu regorge de personnages hauts en couleurs...

Le jeu regorge de personnages hauts en couleurs, comme ce jeune qui s’inocule de vieilles maladies pour le fun !

Surtout que c’est lui qui choisit un restaurant bien répugnant dont le cuisinier est… vietnamien. Pourtant, à côté de cela, l’univers fourmille de détails au travers de mails et de faux articles d’actualité ; pensez d’ailleurs à lire le journal à chaque chapitre, notamment via votre traveller qui intègre une variante futuriste (mais pas plus élaborée) de pierre-feuille-ciseaux. Mais surtout, les idées de science-fiction ont un réel impact sur le gameplay. Outre la Transe, une énigme vous fera hacker un système de recyclage de nourriture, et vous aurez surtout plusieurs fois l’occasion de vous amuser à modifier la personnalité de différents robots. Pour être honnête, le développeur n’a évidemment pas prévu toutes les combinaisons possibles, mais il y a quand même de quoi obtenir des résultats assez hilarants ; on se surprendra même à expérimenter certaines possibilités même si ce n’est pas obligatoire pour progresser… Technobabylon multiplie ainsi les idées brillantes et assez originales pour le genre, tout en composant avec une ergonomie typique du genre et d’Adventure Game Studio, et donc extrêmement facile à prendre en main.

Si l’on pourra être perturbé que ce soit le clic gauche qui effectue les actions et le clic droit pour les simples observations (contrairement à certains jeux de stratégie typiquement), tout est assez instinctif d’autant que les énigmes sont plutôt logiques, sans être simples néanmoins. Le gameplay emprunte aussi beaucoup au visual novel, avec des dialogues à choix multiples qui ont une incidence sur les évènements. Une porte peut au choix être forcée, ou bien ouverte après avoir obtenu le code par la négociation, par exemple, mais ces choix ont plus d’impact sur les succès à débloquer (et donc la rejouabilité) que sur le scénario lui-même. En un sens, tant mieux, car les choix de conversation sont difficiles à interpréter sans connaître par avance le ton qui va avec – ceux qui ont joué à The Walking Dead verront sûrement de quoi je parle… Je n’ai par exemple pas soutiré le fameux code à un type que je croyais pourtant brosser dans le sens du poil, et Max Lao m’a plus tard raillé pour mon côté brutal qui n’était donc pas intentionnel… Mais tout cela reste, encore une fois, heureusement mineur sur l’ensemble de l’aventure.

La mise en scène minimaliste rend cette fusillade pas du tout épique...

La mise en scène minimaliste rend cette fusillade pas du tout épique…

Et je dois dire que ce qui m’a particulièrement impressionné, c’est que même s’il m’est arrivé trois ou quatre fois de rester bloqué longuement, je n’ai jamais eu à recourir à la moindre solution, contrairement à Resonance ; les invités de notre dernier podcast ont même admis qu’on ne pouvait en général jamais finir un point & click sans tricher… Et l’aventure est pourtant assez longue puisqu’il m’aura fallu une dizaine d’heures pour voir le bout des « 1010 » chapitres numérotés en binaire ; il y en a donc dix ! Les quelques choix inciteront peut-être certains à finir le jeu plusieurs fois, même si le plaisir n’est sans doute pas le même quand on connaît l’issue de cette histoire… Sur le plan purement technique, le titre est limité par son moteur qui offre peu d’options hormis un mode fenêtré. L’immersion est bien sûre meilleure en plein écran, mais l’image semble étirée. Si vous avez des sautes à chaque sauvegarde (et donc à chaque changement d’écran), lancez le setup pour passer de Direct3D à DirectDraw. Ce programme est hélas bien planqué si vous utilisez Steam, qui peut également être victime d’un autre bug. En effet, la combinaison Shift+Tab qui ouvre l’interface Steam a tendance à provoquer la disparition immédiate des textes à l’écran ; il faut appuyer de nouveau sur Tab pour régler le problème…

Sur le plan artistique, outre les musiques excellentes, les graphismes sont plutôt réussis par rapport à la moyenne du genre, quoique légèrement inégaux. On s’habitue heureusement vite à la basse résolution, et les portraits des personnages qui apparaissent durant les dialogues, signés Ivan Ulyanov, sont particulièrement superbes. Comme à son habitude, Ben Chandler brille surtout sur les décors et notamment dans son choix de couleurs, avec des tonalités marquées sans être criardes. En revanche, les sprites des personnages ont presque tous le même visage et pêchent côté animation. Les changements d’échelle quand ils s’éloignent ou se rapprochent sont souvent abruptes – basse résolution oblige – et la palette d’animation réduite rend certaines mises en scènes minimalistes ; les rares scènes d’action en deviennent assez burlesques parfois. De plus, la résolution rend aussi certains textes moins lisibles. Néanmoins, cela n’a rien de rédhibitoire et ajoute même au charme rétro de l’ensemble. Car Technobabylon reste malgré tout un point & click captivant et qui se permet des idées de gameplay vraiment originales…

Verdict : Très bien construit, plutôt soigné, bénéficiant d’un univers riche et fourmillant de détails et d’idées, Technobabylon est à n’en pas douter le point & click de l’année !

100hbpm

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