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CHRONIQUE : L’histoire mouvementée d’Atari

A ce tournant critique dans l’histoire d’Atari, la société passe à côté d’une opportunité en or. En 1983, Nintendo approche en effet Atari pour leur proposer les droits de distribution de la Famicom/NES aux États-Unis. Mais l’affaire capote, obligeant Nintendo à produire et distribuer eux-mêmes la NES sur le continent américain en 1985. Comme si l’effondrement de l’industrie du jeu vidéo n’est pas assez dur pour Atari, cette résurrection manquée sous la houlette de Nintendo sonne le glas de l’enseigne. Mais on ne s’en rend pas compte sur le moment.

Malgré le rejet de la NES, Atari réussit à faire du profit sous la direction de Tramiel, grâce aux ventes honorables de consoles 2600 d’occasion et de la 7800, et au succès de deux micro-ordinateurs : l’Atari ST et l’Atari XE (le premier est un plus gros succès en Europe qu’aux États-Unis). Parmi les autres systèmes conçus à cette époque, citons le micro Falcon et le Portfolio, le tout premier micro-ordinateur de poche. Les Tramiel, Jack et son fils Sam, sont des personnages hauts en couleur dans l’industrie informatique. Ils font du prosélytisme en aidant Atari à susciter l’intérêt du plus grand nombre, notamment pour promouvoir la Jaguar (1993) et la portable Lynx (1989).

Des deux consoles, les dernières machines sorties sous la bannière d’Atari, la Lynx avait de réelles chances de survie. C’était la première console portable au monde à proposer un écran LCD couleur. Elle était bien plus puissante que la Game Boy de Nintendo. Cependant, devant l’incapacité de produire suffisamment d’unités pour sa sortie nationale en 1989, la Lynx ne peut réellement rivaliser avec la Game Boy et son irrésistible Tetris livré en bundle. Quand la machine s’attaque au reste du monde en 1990, elle n’avait pas totalisé assez de ventes (même après avoir baissé son prix ,fin 90, à 99$) pour conserver le soutien des éditeurs tiers.

La Jaguar, de son côté, est un désastre absolu. Moins puissante que la nouvelle coqueluche de l’industrie, la Playstation, elle est de plus très difficile à programmer. En outre, la Jaguar n’a tout simplement rien d’attrayant. L’interview de Sam Tramiel avec le magazine Next Generation à propos de la Jaguar au destin funeste  reste un classique ; il déclare que la Saturn est une machine bâtarde et qu’Atari poursuivrait Sony en justice pour dumping avéré si la Playstation était vendue à moins de 500$ (il n’y a pas eu de procès quand la Playstation est sortie en 1995 à 299$). La Jaguar n’a jamais vendu plus de 500000 unités pendant sa relativement courte durée de vie, et en 1996, Atari abandonne le marché du hardware.

Les Tramiel livrent Atari à JTS, un fabricant de disque dur, qui ne fait rien d’autre que de conserver les titres d’Atari. Deux ans plus tard, JTS vend la marque et son catalogue à Hasbro Interactive pour seulement 5 millions de dollars, une infime fraction de ce que valait la société à la grande époque. Hasbro essore le patrimoine d’Atari comme Pong, organisant un revival au tournant du millénaire. Néanmoins, Hasbro Interactive ne connaît pas un succès de longue durée, et cède finalement en 1999 quand Infogrames rachète la division pour 100 millions de dollars.

En 2001, Infogrames opte pour une politique agressive afin d’étendre son emprise internationale sur le jeu vidéo, et utilise donc le nouveau nom Atari, qui conserve un certain cachet universel, pour plaire à un nouveau public. On peut discuter de l’apport de cette décision, dans la mesure où les gros titres d’Infogrames comme Enter the Matrix, la série Dragon Ball Z et Driver 3 ont suffisamment d’attrait, quel que soit le nom de l’éditeur.


Toutefois, durant la dernière décennie, le bilan d’Infogrames/Atari est inégal et la société rencontre plusieurs fois de graves difficultés financières. Fin 2007, la division américaine d’Atari abandonne totalement le développement pour se concentrer sur l’édition. Ceux qui suivent de près le jeu vidéo, pourtant, entrevoient une possibilité de survie lorsque Phil Harrison, à l’époque président de Sony Computer Entertainment et figure de proue de la Playstation, démissionne brusquement de Sony en février 2008 pour rejoindre rapidement Atari comme directeur général. Mais Harrison est incapable de redresser la barre, et après moins de deux ans de service, quitte Atari en avril 2010.

Le départ de Harrison est inattendu, mais peut-être pas autant que la nomination d’un nouveau membre au conseil d’administration : Nolan Bushnell. Bushnell est arrivé le jour de la démission de Harrison. Durant les derniers mois, Atari semble vouloir revenir dans la course du jeu, avec Star Trek Online et le futur Test Drive Unlimited 2.

Le nom Atari n’est plus synonyme de jeux vidéo, un privilège aujourd’hui probablement partagé entre Nintendo et Playstation. Mais l’industrie ne serait pas ce qu’elle est sans la création de Bushnell et Dabney. En analysant le cours de son histoire, on peut imaginer à quel point les choses auraient pu être différentes si d’autres décisions avaient été prises à des moments cruciaux. Et si Bushnell était resté ? Et si Atari avait assuré un contrôle qualité sérieux sur la 2600 ? Et si la Lynx avait réussi à rivaliser avec la Game Boy ? Mais on ne peut pas voyager dans le temps, pas même dans le jeu vidéo. Et Atari, la société, pas la marque, demeure ainsi une légende fascinante et riche en enseignements pour tous.

Article original : http://uk.retro.ign.com/articles/110/1102108p1.html

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