ÉDITO : Quand les consoles américaines se rebiffent, épisode deux

L'Atari VCS, la Coleco Chameleon et l'Intellivision Amico

Nous débutions le mois dernier notre dossier consacré au comeback des trois marques américaines des consoles de deuxième génération avec le fiasco de la Coleco Chameleon, à la fois drôle et pathétique du fait d’un niveau d’incompétence confinant à la naïveté… En attendant de nous pencher sur le cas le plus complexe (mais sans doute le plus passionnant), celui de l’Amico qui devrait nous occuper au moins deux épisodes, nous abordons ici l’Atari VCS, pour le moment la grande gagnante de cette compétition de bras cassés, puisque c’est la seule qui soit disponible à ce jour. Mais si vous avez suivi pendant des mois les différentes articles que nous lui avons dédiés, vous savez déjà que le chemin de ce « succès » n’a pas été sans heurt, et beaucoup d’entre nous ont même eu beaucoup de mal à y croire jusqu’au bout. Et s’il y a tout de même lieu de se féliciter que ceux qui l’avaient précommandée l’ont bien reçue, et surtout qu’ils ont l’air d’en être globalement satisfaits, cette entreprise restera sûrement un cas d’école de communication désastreuse et on espère qu’il pourra servir, comme les deux autres, à ne pas répéter les mêmes erreurs…


#NotMyAtari

Comme on le rappelait précédemment, Atari est passé entre de nombreuses mains depuis sa création en 1972 par Nolan Bushnell et Ted Dabney. Rachetée par Warner, revendue à Jack Tramiel, cédée pour une bouchée de pains à Hasbro puis absorbée par Infogrames, la société n’a aujourd’hui plus grand-chose de ce qu’elle était durant la période faste de Pong et de l’Atari 2600. Durant les années 2000, le groupe vivote grâce au licensing, notamment avec les consoles plug and play Atari Flashback et, à la fin de cette première décennie, la fusion entre Atari et Infogrames est complète et le résultat s’appelle Atari SA. Mais malgré le retour de Nolan Bushnell au conseil d’administration en 2010 (et le départ d’un Phil Harrison dont la série d’échecs ne fait alors que commencer), le groupe se porte mal et les sociétés qui le composent se déclarent en faillite début 2013. Il s’en sort finalement indemne un an plus tard, grâce à son entrée sur le marché du casino en ligne mais, bien que toujours coté en bourse (son action n’a toutefois pas dépassé le dollar depuis bien longtemps), il ne compte plus en réalité qu’une dizaine de salariés menés par Frédéric Chesnais – du moins jusqu’à récemment. Sous sa direction, Atari SA reste focalisé sur le licensing (avec des goodies parfois douteux comme les casquettes à écouteurs intégrés), le casino en ligne, les crypto-monnaies, tout en faisant moderniser de temps à autre sur mobiles quelques classiques souvent oubliés comme Night Driver (1976) ou Ninja Golf (1990) sans que le succès ne soit au rendez-vous. Néanmoins, la marque arrive à rester dans les esprits, en bien ou en mal, qu’elle propose des investissements fumeux ou apparaisse dans le nouveau Blade Runner après l’avoir déjà fait dans l’original de 1982, alors qu’elle était autrement plus pertinente…

Une étonnante chanson qu’Infogrames aurait commanditée pour $50,000 au faîte de sa gloire, dont les paroles énumèrent les licences de l’éditeur de manière surréaliste

Taco Box

Lorsque début juin 2017, un site et un teaser suggèrent le grand retour d’Atari sur le marché des consoles, il y a donc de quoi s’interroger. Et quand la machine est enfin dévoilée sous le nom d’Ataribox, on n’en sait pas grand-chose hormis le design des deux variantes, évoquant respectivement les deux versions de l’Atari 2600 dont celle arborant une emblématique façade en imitation bois. On cherche donc des indices avec les différentes connectiques ; on nous promet des rééditions de classiques (via de l’émulation en l’absence d’un port cartouche) mais aussi des jeux « actuels » sans plus de précision… Il faut en fait attendre la rentrée pour que Dean Takahashi, souvent en bons termes avec les éditeurs, ne décroche l’exclusivité de ses spécifications sur VentureBeat. Tournant sous Linux, l’Ataribox doit coûter entre $250 et $300 selon les configurations, mais il est clair qu’elle ne fera pas tourner les jeux AAA ; elle se pose déjà en media center orienté vers le streaming et les jeux indé, Atari ayant enterré la hache de guerre avec Jeff Minter après son TxK sur Vita clairement inspiré de son propre Tempest 2000 (1994) sur Jaguar. Mais le groupe a beau qualifier ce partenariat d’important, Tempest 4000 sera finalement confirmé plus d’un an après la sortie de la console, et c’est simultanément sur Switch qu’il sortira en mars 2022…

Le célèbre CX-40 de l’Atari 2600 et le joystick rétro de l’Atari VCS

En parallèle, le groupe diffuse régulièrement des communiqués de presse détaillant sa stratégie à un public de financiers, et il est déjà question d’une campagne de financement « pour limiter la prise de risque » et construire une communauté ; Dean Takahashi révèle dans son article que la plateforme utilisée sera Indiegogo – oui, celle-là même qui n’exige pas de prototype comme l’affaire Coleco Chameleon l’a parfaitement mis en exergue… Et bien entendu, tout AtariAge est aux aguets avec un sujet dédié créé en juin et qui ne sera clos qu’en août 2020 après plus de 20 000 messages ! La manette rétro reprenant le look de l’emblématique joystick CX-40 est dévoilée, mais la campagne est repoussée de mois en mois, Frédéric Chesnais expliquant même que « tous les voyants verts ne sont pas allumés » (sic). Début février 2018, le groupe présente l’Atari Token, une crypto-monnaie pour ses casinos en ligne mais aussi sa future console et, un mois plus tard à l’occasion de la GDC, il annonce enfin… qu’une annonce sera faite le mois suivant pour l’ouverture des précommandes ! Néanmoins, la manette moderne très proche de celle de la Xbox est confirmée (*), et surtout la console s’appelle désormais Atari VCS comme la toute première de la société, rebaptisée Atari 2600 en 1982 comme on le rappelait en introduction. Si ce nouveau nom est une madeleine de Proust supplémentaire pour certains fans, qui voient dans cette console une possible rédemption pour Atari vingt-cinq ans après la Jaguar, c’est au contraire l’insulte de trop pour d’autres. C’est à cette époque qu’apparaît sur AtariAge le mème des tacos, né d’une comparaison de la future console qualifiée de vaporware avec l’en-cas qui lui existe déjà… et est apprécié. Mais la communauté sait aussi faire preuve de sérieux quand elle identifie par exemple comment le buzz est fabriqué de toutes pièces sur les réseaux sociaux.

La non-console

En avril 2018, donc, Atari annonce le lancement de la campagne Indiegogo pour le 30 mai. Mais d’ici là, impossible de connaître les spécifications détaillées, même si l’on nous promet du contenu 4K (qu’il sera bien difficile d’obtenir dans les faits). Et les tarifs pressentis paraissent déjà élevés ($199 pour le modèle plus sobre et sans la moindre manette) surtout qu’aucun jeu n’est encore confirmé en dehors de la présence d’Atari Vault, une compilation de classiques que l’on trouve alors depuis plus de deux ans sur Steam… Et pourtant, quand la campagne est lancée avec un objectif « flexible » (ce qui signifie que l’argent est prélevé que l’objectif soit atteint ou non), c’est un énorme succès. La nostalgie est visiblement plus forte que le petit nombre de partenaires annoncés côté software, d’autant qu’en dehors de Code Mystics à qui l’on doit les rééditions de jeux susmentionnées, aucun des studios cités sur la page ne développera pour la console. Il faut dire qu’Atari a joué à fond la « FOMO » (Fear Of Missing Out, la peur de passer à côté) puisque la campagne devait constituer l’unique occasion de se procurer la machine…

Néanmoins, si récolter trois millions de dollars place clairement l’Atari VCS dans le club des campagnes de financement participatif réussies, ce n’est pas un budget énorme pour lancer une nouvelle console, surtout si on n’a pas l’expertise nécessaire. Car ce que certains ignorent à l’époque, c’est que son concepteur Feargal Mac Conuladh a quitté le navire en février. Il a du reste déjà fort à faire avec sa montre connectée Gameband (dont Atari est partenaire), financée via Kickstarter en septembre 2017, et qui sera finalement abandonnée officiellement en novembre 2018. En outre, deux mois avant le lancement de la campagne Indiegogo, le journaliste Kieren McCarthy avait publié un article alarmiste sur The Register au sujet de sa rencontre avec Michael Arzt, le COO d’Atari, dans le cadre de la GDC. Ce dernier se montre en effet incapable de répondre à des questions qui devraient être tranchées à ce stade. Le groupe a d’ailleurs voulu riposter en accusant l’article de calomnies, mais cela s’est retourné contre lui lorsque le journaliste a diffusé l’intégralité de l’interview en audio, encore plus accablante. À trois jours de la fin de la campagne, Atari annonce cela dit un remplaçant de choix pour Feargal Mac en la personne de Rob Wyatt, l’un des architectes de la Xbox avec J Allard – qui lui sera (encore plus brièvement) impliqué dans l’Amico !… Cela ne se passera en effet pas beaucoup mieux avec lui comme on l’apprendra bien plus tard.

Car pendant près d’un an, il ne se passe pas grand-chose ou du moins le groupe ne communique pas beaucoup sur sa machine, ce qui frustre forcément les contributeurs. En mars 2019, l’Atari VCS est repoussée d’un an même si ses performances sont revues à la hausse avec un nouveau processeur. À l’E3, Atari loue une suite près du centre d’exposition à défaut d’un stand sur le salon, où CNET filme une vidéo du prototype. Hormis quelques coques vides, le vrai prototype est caché dans un gros caisson noir et l’interface est bien sûr temporaire ; certaines jaquettes de classiques sont clairement « empruntées » à AtariAge et il y a des fautes aux noms de certains d’entre eux – le groupe n’en est pas à sa première bourde en la matière… C’est à ce moment-là que Michael Arzt lance le concept « d’unconsole », vantant les mérites du  mode sandbox qui permet d’installer Windows ou Linux sur un support externe toutefois. Au moins, si le store de la console est un échec, il restera toujours la possibilité de jouer à sa collection Steam de cette manière !

Pas de nouvelles, bonne nouvelle !

Et pendant tout l’été, le groupe continue de jouer la montre en comptant sur la société en charge du community management de meubler avec des publications censées brosser le retrogamer dans le sens du poil pixélisé – quitte à souvent faire des gaffes en demandant par exemple aux fans leur meilleur score à Pong (un jeu où le premier qui atteint 21 gagne pour rappel). Quand on pose des questions sur l’avancée du projet, on nous répond que les annonces arriveront d’ici « la fin de l’été », que ce n’est qu’une question « de semaines, pas de mois » alors qu’on en est loin en réalité. Comme le détaille un nouvel article de Kieren McCarthy fin septembre, Atari efface les commentaires gênants de son subreddit officiel, mais aussi d’un autre officieux quoique bien plus actif où un représentant de la société a été invité par les modérateurs, dont David DeWald. Ce dernier regrettera d’autant plus d’avoir invité le loup dans la bergerie qu’Atari lui retirera ses droits ! Parmi les publications supprimées mais heureusement réinstaurées depuis, il y a cet historique édifiant de la communication désastreuse du groupe, et surtout cette question concernant le statut de Rob Wyatt avec la société. En effet, l’ingénieur vient alors juste de dévoiler un nouveau projet, un plateau de jeu de société universel, le Gameboard. Atari rétorque qu’il planche sur plusieurs choses à la fois, mais la réalité est qu’il a démissionné à son tour, faute d’avoir été payé depuis plus de six mois… Mais ça, The Register (encore) ne le confirmera que début octobre ; quelques heures plus tôt, la société s’était fendue d’un communiqué expliquant de manière très détaillée leurs difficultés techniques. Mais il faut dire qu’à peine plus d’une semaine auparavant, elle avait tenté de gagner encore du temps avec un prototype bidon et l’annonce d’un partenariat avec la plateforme de streaming rétro Antstream, disponible sur n’importe quel PC même si la VCS y bénéficie d’exclus.

Mais si le groupe essaie de se donner bonne figure, soutenu par une poignée de fans invétérés – qui vont jusqu’à affirmer qu’il était normal de ne pas rémunérer Rob Wyatt puisqu’il faisait mal son boulot – on peut dire que le buzz est désastreux. Surtout qu’en mai, Atari avait été condamné à verser 75 000 € de dommages et intérêts à Feargal Mac Conuladh au terme du litige qui l’opposait à la société. Et les langues commencent à se délier, en particulier encouragées par l’historien Frank Cifaldi sur Twitter. Curt Vendel, figure connue de la scène homebrew et créateur du site Atari Museum, qui nous a hélas quittés en août 2020, a par exemple raconté sur AtariAge comment Frédéric Chesnais lui avait soutiré des prototypes sans le rémunérer… L’action d’Atari dégringole au niveau historique de 27 centimes – et elle a encore chuté depuis puisqu’au moment où l’on écrit ces lignes, elle n’est qu’à une dizaine de centimes ! Pourtant, lors de l’assemblée générale du 30 septembre 2019, Chesnais est reconduit et sa rémunération votée quasiment à l’unanimité. À ce stade, beaucoup commencent à se demander si le lancement de cette console n’avait pas simplement pour but de faire racheter le groupe par un plus gros poisson, tandis que les joueurs se mettent à espérer que le joystick rétro sera au moins concrétisé, lui.

L'Atari VCS en cours de fabrication ?

Alors que l’Atari VCS est attendue fin 2019 et que des rumeurs circulent sur un conflit avec le fabricant des manettes, le manque de communication se fait de nouveau ressentir… Jusqu’au jour férié de Thanksgiving avec un communiqué sous la forme de questions-réponses avec Michael Arzt. Appuyé par quelques photos d’exemplaires en pré-production dans une usine en Chine, ce qui ne prouve pas grand-chose, il essaie de justifier le retard et sort le désormais célèbre « no news is good news » (« pas de nouvelles, bonne nouvelle »). La machine est repoussée à mars 2020 – oui, au moment où la pandémie a éclaté mais ça, ils ne peuvent pas encore le savoir bien entendu. La communication s’améliore cependant et devient plus régulière. Début janvier 2020, Atari annonce se préparer pour le CES de janvier alors que la société n’y aura encore une fois pas de stand ; elle est « présente » indirectement sur ceux de partenaires, et loue de nouveau une chambre d’hôtel en marge de celui-ci (une pratique d’ailleurs très mal vue). Elle parviendra à y attirer quelques journalistes comme PCMag et Atari repart ainsi avec une série de photos et de vidéos montrant notamment la future interface de la console. La communauté ne manque pas de les décortiquer pour y chercher la moindre supercherie ; il faut dire que le groupe avait déjà diffusé par le passé la vidéo du logo de l’Atari VCS qui s’illuminait quand on appuyait sur le bouton d’allumage… alors que cette coque sans doute vide n’était même pas branchée sur le courant ! Ironiquement, la vidéo qui va commencer à convaincre les joueurs que la machine existe sera mise en ligne très discrètement, fin mars (cf. ci-dessous). Mais à ce moment-là, on sait déjà qu’un virus va tout remettre en cause…

On appelle ça hardware parce que c’est hard

Non seulement la Chine est à l’arrêt, mais c’est le moment que choisit Rob Wyatt pour porter plainte à son tour contre son employeur. Alors qu’Atari pensait pouvoir au moins produire cinq cents exemplaires de l’Atari VCS, seuls 96 sont fabriqués et, soi-disant pour ne pas favoriser certains contributeurs au détriment des autres, ils sont envoyés à de bien mystérieux « développeurs ». Bien entendu, tout le monde guette alors le web pour voir apparaître la moindre console, et celle qui surgit finalement n’appartient pas à un programmeur, mais au fils de la dirigeante de la société qui a noué un improbable partenariat avec Atari pour créer des hôtels, et qui avait amusé la galerie en début d’année. 2020 est évidemment bien longue pour le groupe comme pour le monde entier du reste mais, ô surprise de Noël, certains contributeurs reçoivent enfin leur console en décembre, même si on leur avait promis octobre. Atari avait alors évoqué le blocage d’une partie des manettes (quand bien même elles sont uniquement disponibles séparément), inversant la situation en affirmant que « la demande était trop forte pour la disponibilité des composants ». À la même période, le groupe avait usé de la même stratégie marketing lorsque la mise en vente de l’Atari Token fin octobre avait été clôturée de manière anticipée trois jours plus tard ; officiellement c’était parce que tout le stock avait été écoulé, mais son cours s’était surtout effondré en quelques heures.

Mais pour en revenir à la machine, les contributeurs sont progressivement servis, et on peut même apercevoir quelques exemplaires de l’Atari VCS en magasin. Et comme on essaie toujours de voir les choses positivement quand on y a investi de l’argent, les backers semblent plutôt satisfaits – il faut dire qu’ils ont eu largement le temps de modérer leurs attentes. Après tout, cela reste un « PC de salon » fonctionnel, surtout en mode sandbox, et la boutique en ligne de l’OS propriétaire a déjà accueilli des dizaines de jeux indé, et même parfois des exclusivités quoique très temporaires. Néanmoins, on voit encore régulièrement des utilisateurs se plaindre de divers problèmes sur AtariAge (concernant la reconnaissance des périphériques et la connexion à Internet principalement, avec notamment de gros soucis de mises à jour fin 2021), ce qui ne serait évidemment pas alarmant si le parc installé n’était pas si réduit. Après avoir clos le tristement célèbre sujet dédié en août 2020, le forum a même créé une section dédiée à la machine, dont beaucoup de threads ont en fait été lancés par la même personne nommée modérateur depuis… Et à vrai dire, ce sont les mêmes utilisateurs satisfaits (une dizaine ?) qui y publient des messages. La presse, elle, a été nettement moins tendre. Les tests ont au mieux salué le design mais estimé que la proposition était bien mince pour ce tarif, quand d’autres ont fait preuve de beaucoup moins de diplomatie

Cela dit, le climat s’est très clairement apaisé… Beaucoup ne pensaient même pas Atari capable de livrer la console et, même si le résultat laisse sans surprise à désirer – certains se lançant d’ailleurs dans des bricolages surréalistes pour booster la machine –, il faut reconnaître qu’une page est tournée et plusieurs signes montrent que les choses pourraient réellement s’améliorer. En mars 2020, donc au moment où ça n’allait pas très fort, une nouvelle tête faisait son entrée dans son capital. Il s’agit de Wade J. Rosen, un jeune entrepreneur au profil très diversifié mais qui dirige notamment Ziggurat, une société qui réédite des classiques sur Steam et GOG.com. Il est alors nommé Président  du  Conseil d’administration et, un peu plus d’un an après, alors que le groupe bombe le torse pour avoir livré sa console, Wade Rosen devient le nouveau Directeur Général à la place de Frédéric Chesnais. Ce dernier n’est toutefois pas limogé mais mis à la tête d’une nouvelle division baptisée Atari Blockchain, centrée sur l’Atari Token et Cie – en avril 2022, Atari a cela dit coupé les ponts avec le groupe en charge des hôtels, des casinos et de l’Atari Token – tandis que Rosen supervise l’ensemble mais aussi l’autre division créée pour l’occasion, Atari Gaming. Cette orientation a d’ailleurs été confirmée début juillet avec l’annonce de l’arrêt des jeux mobiles free-to-play, de la production d’émissions TV via Atari Studios et surtout son retrait de l’activité casino en Afrique. En effet, le groupe avait annoncé début 2020 l’ouverture d’un établissement au Kenya, qui fait pourtant face à un grave problème d’addiction de sa jeunesse avec les jeux d’argent. Et la pandémie ne semblait pas ralentir ce chantier pour le coup…

Réussir l’impossible

Avec tout ça, beaucoup ont oublié que le contrat de non divulgation signé par le community manager David DeWald avait expiré le 7 juillet 2021, et il avait promis d’en raconter de belles. Mais il a finalement attendu un bon mois avant de s’épancher sur AtariAge et, même s’il comptait ajouter ses souvenirs au fur et à mesure, c’est loin d’être emballant ; il ne fait que confirmer ce que l’on savait ou soupçonnait déjà, et évoque davantage le projet Gameband pour lequel il a d’abord été embauché. Car selon lui, le lancement de celui de l’Ataribox a indéniablement été le dernier clou dans le cercueil de la montre connectée… De là à dire que l’un aurait abouti sans l’autre, on ne le saura sans doute jamais mais au moins l’Atari VCS est sortie, et c’est déjà un petit miracle en soi.

On ne saurait toutefois achever ce résumé sans la coda pour le moins surréaliste qui s’est jouée en août 2021. Le rappeur Soulja Boy, tristement célèbre pour essayer depuis des années de se lancer dans le jeu vidéo en important des consoles pirates, a annoncé le 18 août avoir racheté Atari et devenir ainsi son nouveau PDG. L’information était assez peu crédible mais le groupe a préféré démentir deux jours plus tard en rappelant sur Twitter que Wade Rosen était toujours à son poste. Cela a évidemment provoqué la fureur du rappeur qui a publié une nouvelle vidéo où il les traite de tous les noms et croit prouver ses dires en présentant un contrat. Sauf qu’en dépit de la mauvaise qualité de l’image, on peut déchiffrer qu’il n’a pas acheté un million de parts du groupe, mais un million… d’Atari Tokens, la crypto-monnaie dont la valeur actuelle est très éloignée de celle du Bitcoin par exemple… Cela a quand même dû lui coûter quelques dizaines de milliers d’euros mine de rien, mais pas de quoi s’offrir le groupe. On vous laisse le soin de vous demander si Soulja Boy aurait amélioré ou empiré la direction d’Atari car, après tout, même si Nolan Bushnell était resté à la tête de la compagnie qu’il a fondée, il a lui aussi quelques casseroles et vient de se lancer dans le NFT avec Arcade OG. Et sous la direction de Rosen, la société continue de faire des faux pas qui agacent pas mal de joueurs, et elle a même confirmé son implication dans le marché de la blockchain fin mai 2022. Néanmoins, plusieurs annonces effectuées dans le cadre du cinquantenaire d’Atari, tout particulièrement celle de la compilation Atari 50th – The Anniversary Celebration, vont indéniablement dans le bon sens… En tout cas, une place s’est libérée début avril 2022 avec le départ du COO Michael Arzt ; dans son message d’adieu sur LinkedIn, il présente la sortie de l’Atari VCS comme le « sommet » de sa carrière, parce qu’il aurait « réussi l’impossible » ! Mais cela n’a pas empêché Gamestop de liquider la VCS pour un temps à $99.99

L’épisode trois sera consacré à l’Intellivision Amico !

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